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Viva España

11 novembre 2025 par
Séphora PInabel


Espagne me revoilà. L'Andalousie, rêve de jeunesse par l'intermédiaire du cheval, des films (pas loin de 18 tournages entre 1960 et 1970) : westerns et Indiana Jones, James Bond, Lawrence d'Arabie; du peu d'architecture que j'avais pu apercevoir au gré des livres ou documentaires vidéos. Je souhaitais la découvrir. Mais pas n'importe comment. Hors de question de connaître du 40 degrés en ville. Un temps clément pour gravir certains sommets de la Sierra Nevada. J'arrive au moment propice. J'échappe au tourisme de masse.

Dans une boîte à livres en juillet, j'ai trouvé un livre-DVD sur le parc National de Donana. L'escapade andalouse commence par là. Garée au bout d'une ville balnéaire, je suis prête à arpenter les dunes. Le début de nuit s'avère épique. Tiago attaché pour passer la nuit dehors se fait charger par un sanglier. Je rentre le toutou. Un sanglier qui se croit trop bien chez lui. S'abstenir de déranger la bête. Je passe dunes après dunes pour apercevoir des animaux au petit matin. Que d'empreintes visibles dans le sable mais rien d'autre. Je vais jusqu'à dépasser le panneau "passage interdit". Seule une alouette Gulgule a posé pour la postérité. Le paysage était joli. La Méditerranée bien moins démontée que l'Atlantique. Je pars plutôt déçue.


Séville me voilà. Pour fêter mon arrivée, rien ne remplace un karaoké. Je déniche un piano bar avec une sono exceptionnelle. Je m'en donne à "chœur" joie dans une ambiance boudoir.

Je dors à 3 km du centre ville. Au matin la ville s'ouvre à moi. Mon cœur en palpite de joie. Séville une ville que je découvre pétillante, joyeuse, vivante. Séville c'est avant tout une atmosphère, des odeurs, de l'histoire et des couleurs. J'ai flâné durant 9 h et 21 km dans la capitale Andalouse. Comme toute cité espagnole, c'est avant tout une ville parc. Nul besoin de parcourir des boulevards ou d'interminables avenues pour s'imprégner de ses senteurs qui nous enivrent à chaque coin de rue. Le soleil tape en ce jour d'automne et je me réfugie à l'ombre des orangers pour en aspirer la fraicheur. La rumeur qui m'englobe est un mélange de voix, de tintements de cloches, de martèlements de sabots sur les pavés, d'airs de guitare. Même les champignons artificiels ont trouvé leur place pour apporter leur ombre à une des places les plus prisées. Un amuseur de rue chante Viva España. Mon sang ne fait qu'un tour, je gravis en courant les marches de la tour nord place Royale pour me placer avec Tiago près de lui. Car ce chien aime danser, marche avant, reculer, slalom, pirouette, cabrer, pas de deux dans mes bras. Il est de la fête. Je suis bien désolée de n'avoir pas eu le temps de trouver une bonne âme pour immortaliser ces instants. Tiloup est chaudement applaudi, le chapeau du chanteur se remplit de pièces. Il est ravi de notre prestation. Une ruelle plus calme nous permet de nous assoupir avant de partir à travers l'entrelac de ruelles. Les maisons sont colorées de ces couleurs pastels que je prise depuis toujours: ocre, bleu lavande, jaune safran. Pas étonnant que ma propre maison se soit retrouvée enduite de cette palette de nuances. Tiago profite d'une petite absence pour se faire cajoler à l'espagnol. Nous avons bien déambulé. Je quitte le charme de cette ville avec un pincement équivoque. Moi qui aime être au milieu de la nature, pourquoi cet attrait pour un lieu urbain ? Qu'importe je suis subjuguée comme rarement. Ces images me trotteront longtemps dans la tête.


Il m'a fallu la journée pour réussir à photographier le perroquet Quaker. Pauvre descendant de cet oiseau d'Amérique du sud que les espagnols ont voulu mettre en cage. Son cri fait grincer les dents, ils l'ont donc relâché. Il a trouvé sa place dans les parcs au milieu des pigeons. C'est un oiseau très nerveux. J'ai réussi cette photo en contre plongée et j'en suis fière. Pris en flagrant délit de gourmandise. C'est certain, il a posé pour moi. Cadeau.

Cordoba, une autre ville qui mérite un passage. Un autre style que Séville. Un tourisme bien plus présent et pressant. On ne sent pas le bonheur de vivre que je viens de quitter. Il faut dire qu'il sera difficile pour moi de trouver mieux que la capitale Andalouse. Cordoba a pourtant du charme. Cité des artisans en tout genre, les courettes fleuries se découvrent derrière chaque porte cochère.


Le vent est de retour, je suis ballottée une nouvelle fois sur la route et le spot trouvé n'est pas vraiment abrité. Je passe de vilaines nuits, non réparatrices. Je dors au Sanctuaire Notre Dame de la Sierra. Encore un panorama extraordinaire qui s'ouvre devant moi. Tiago surveille les moutons qui paissent non loin. Soudain alors que je suis devant mon ordinateur, un magnifique Ibex, le cousin du bouquetin, passe royalement tout proche du véhicule. Il saute sans élan la clôture. J'ai mesuré elle fait 1,40 m de haut. A la réception, il nous regarde nonchalamment avant de s'éloigner d'une démarche fière et digne. Un moment qui restera gravé de cet échange les yeux dans les yeux. Sur le belvédère, les vautours font du sur place malgré les rafales de vent. Il est bien difficile de les cadrer. Il faut vraiment que j'investisse dans un appareil photo plus performant.

J'ai bien besoin de détente, j'ai déniché des bains chauds gratuits à Santa Fe près de Granada. J'arrive sous la pluie, tous les baigneurs partent en un clin d'œil. Je me retrouve seule à profiter de lieu avec une eau à 40 degrés. Le bonheur à l'état pur. Je me prélasse sous la trombe d'eau pour un massage intégral bienfaisant.

Je rentre dans la Sierra Nevada en dormant à Guejar Serra. Il pleut et le vent ne s'arrête pas mais j'ai pu me garer sous un figuier. Je suis abritée. Avant ça, en traversant le village je vois un panneau interdit au camping car. Des voitures me suivent, je ne peux pas m'arrêter et décide de faire demi-tour au parking juste à côté. Mais devant moi le véhicule de la police municipale. Un agent féminin me saute presque dessus. Elle m'engueule à n'en plus finir. J'arrive très difficilement à lui expliquer que j'ai vu le panneau et que je veux faire demi-tour. Elle part voir son collègue. Elle revient l'air revêche pour simplement m'aider à reculer et prendre le bon chemin. J'ai juste le temps de dire merci mais elle est déjà partie. La petite aventure du jour.

Au matin notre promenade suit l'ancienne ligne de tramway qui reliait Granada à la Sierra Nevada, le premier chemin de fer de haute montagne d'Espagne. Je traverse des tunnels creusés dans la roche et des ponts suspendus. Chaque pas est une immersion dans le passé, revivant l'itinéraire qui, il y a des décennies, a conduit aventuriers et résidents vers les hauteurs de la Sierra. Au loin, je m'aperçois qu'il a neigé sur les sommets que je vais rejoindre dans la journée.

Sierra Nevada me voilà. Malheureusement les éléments se déchainent. Décidément Eole dieu des vents et de la pluie a une dent contre moi. Je suis garée à 2.200 m d'altitude. Le véhicule est secoué. Je dois arrimer fortement la bâche du vélo pour ne pas la perdre. Mettre la protection anti froid sur le pare brise se révèle épique. Une éclaircie me permet de partir faire une première randonnée dans l'après midi. Je ne mets pas de bonnet. Je le regrette et dois protéger mon front avec ma main. Je me fais sacrément gifler. En contre jour et juste à la limite de la neige, je vois une belle famille d'Ibex. Impossible de les immortaliser. Les voir restera gravé dans ma mémoire. On fait demi tour rapidement. Les rafales de vent se multiplient. La pluie est revenue. Je ne dors pas trop mal, ce qui me permet de partir dès le lever du jour. Je voudrai rejoindre la station astronomique. Rapidement je vois une étagne et deux éterlous. Ces coquins font la sieste en bord de rochers. J'arrive à 2.635 m d'altitude. La base n'est pas loin. Le vent a sculpté la neige en une superbe patinoire. Je ne peux pas aller plus loin. Je profite de la vue qui est sensationnelle. En redescendant, j'entends des cailloux rouler. Je vois deux cornes, puis de nouveau des ibex. Ils ne m'ont pas vue eux. C'est trop génial de les observer ainsi.


Une fois n'est pas coutume, je m'offre un Restaurant, la Fuente Del Hervidero. Un restaurant familial qui utilise les produits locaux pour faire des plats typiques goutus et gourmands. Je m'offre un dérivé de Sangria, qu'ils appellent le vin d'été. Le Tinto de Verano se prépare avec du vin rouge, du soda et du citron. Il est servi avec une Croqueta caseras au fromage. En plat je choisis un Alpujarreno. Le plat qui active les papilles et réchauffe le ventre. Il est composé de chorizo, boudin noir et côte de porc, accompagné de pommes de terre du pauvre à base de poivrons verts, ail et oignons. En dessert je m'offre une tarte au chocolat digne d'un excellent pâtissier. La pate est très légère est faite dans le style de la dacquoise. On ne peut plus moelleuse avec son mélange d'amandes en poudre, blanc d'œufs et sucre glace. Un pur régal.


Dans 13 jours je dois être chez moi. Le retour s'amorce doucement. Je prends la direction Zaragoza avant de quitter ce pays que j'aime tant. Je roule et traverse des paysages somptueux que je n'ai pas le temps de découvrir. Je m'arrête dans le parc Cazorla. Je n'ai d'autre choix que de dormir sur l'aire spécial camping car, en bord de route. Belle surprise que de passer une nuit au calme dans le respect des uns et des autres. Je gravis les sommets pour me rendre à un sanctuaire. La vue est spectaculaire. Je suis au-dessus d'une mer de nuage sans fin. Le contraste est saisissant entre le ciel bleu et la nature qui m'environne. Une daine joue à cache cache derrière les pins. Bientôt imitée par des chevreuils. Quels coquins, j'ai bien des difficultés à faire la mise au point. Un couple de vautours fait la pose. Quand je vois ces animaux, ma journée est remplie de joie, de bonheur, de vie tout simplement. 


Une nuit au bord du lac de Benageber. Un silence absolu. Je suis dans la province de Valencia. L'intégralité de la pise, pas loin de 10 km, a été refaite suite aux éboulements et inondations d'aout 2024. La bruyère fleurit. A croire que l'hiver se termine.

Alquezar pour terminer l'Espagne en beauté. Rien de mieux que la Sierra y Canones de Guara avant de passer la frontière. C'est le parc espagnol que je préfère. Il l'emporte haut la main. Ce parc, c'est un ensemble de canyons, de sentiers, de murailles de pierre au milieu desquels s'ouvrent des ballets sans fin de vautours. Près d'une peinture rupestre, je m'allonge pour mieux les voir une dernière fois.  Aussitôt ils sont des dizaines à tourner juste au-dessus.  Ils sont très farouches normalement mais en vol, leur curiosité est phénoménale. Voir ces masses de plus de 10 kilos évoluer avec cette aisance, c'est stupéfiant. Ils planent avec une grâce infinie, un simple battement d'aile et je les perds de vue. Je ne me lasse jamais de les regarder. Ces grands oiseaux bien timides sont pourtant faciles à observer. Je crois qu'ils aiment se pavaner devant nous. Un clin d'œil à leur statut d'as des airs pour nous pauvres terriens. Je ne vais pas en revoir de si tôt. Ils n'évoluent pas dans les prochains pays que je vais traverser. Je n'arrive pas à faire d'eux un cliché convenable avant de repartir. J'ai le cœur serré, l'émotion m'étreint, les larmes sont intarissables. Ces vautours resteront gravés dans ma mémoire. 


C'en est terminé pour l'Espagne, je passe la frontière après Bielsa. Il pleut donc je roule.

Séphora PInabel 11 novembre 2025
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