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Nouvelle rencontre

5 août 2026 par
Séphora PInabel

Je ressentais un besoin de revenir en France. Même si mon anglais s'est amélioré au fil des mois, le fait ne pas pouvoir parler dans sa langue de naissance devenait frustrant pour exprimer mes joies, mes doutes. J'ai besoin de retrouver des repères, de communiquer de nouveau.

Je prends la route de la Dordogne, un département que je connais peu. Dans une semaine, je vais suivre une formation intensive de Tango Argentin avant de participer au Festival de Tango Argentin de Tarbes. Une première pour moi, j'ai toujours voulu apprendre à danser mais je n'ai jamais eu de partenaire. Une nouvelle aventure et surtout un nouveau défi s'offre à moi. J'ai refais ma garde-robe, le tango étant synonyme d'élégance. Je me trouve bien présomptueuse de rentrer ainsi par la grande porte de cette danse fabuleuse. J'ai décidé de faire confiance au professeur.

https://www.tarbesentango.fr/ 

La route pour traverser la France est monotone. Depuis l'Allemagne, les plaines infinies et les trop nombreuses usines se multiplient. Je profite des autoroutes gratuites pour avancer. Je n'ai jamais fait autant de distance en une journée. Je n'arrive même pas à trouver de plan d'eau pour nager.

J'arrive dans un havre de paix proche de Lalinde. Un hectare en pleine nature de jardin forêt en biodynamie. Les arbres fruitiers et les arbustes fleuries sont innombrables. La maison auto construite en matières naturelles dégage un bio climatisme appréciable avec les chaleurs orageuses. Ici l'autonomie énergétique et en eau règne en maître. Une maison bio climatique se base sur le bons sens et le mode de vie des habitants. Elle utilise à son avantage l'environnement et le climat pour composer avec le lieu par le biais de sa conception structurelle et son orientation. Elle tire également profit de l'environnement naturel, d'où l'intérêt d'être au plein cœur de haies et d'essences variés d'arbres. On arrive à ce résultat grâce à un cumul de discernement et de sagesse. Ici, la terre du jardin a été utilisée pour bâtir les murs, l'orientation de la maison et ses ouvertures permettent de profiter au mieux du soleil et de profiter d'une aération naturelle. Elle est adaptée au climat en utilisant les potentialités et les contraintes du lieu. Le chauffage au bois est idéalement placé au milieu de la maison pour les mois froids de l'année. 


Le stage intensif de Tango argentin débute, je fais mes premiers pas. Le cours se déroule en chaussettes pour laisser glisser ses pieds au ras du sol. L'écoute de ses sensations et de rigueur pour vivre le rythme de la musique et se laisser guider par son cavalier. 

Je croyais écraser les pieds de mon partenaire par maladresse, c'est l'inverse qui se produit quand mes pas en reculant n'atteignent pas l'amplitude demandé. Le sourire s'épanouit au gré des musiques qui s'enchaînent. Je découvre les pivots, les ronds de jambes, les 8 en avant et en arrière. Il faut sentir à la fois le rythme de la musique et le prochain pas de son partenaire.

La Hulotte m'a accueilli, j'en hume les odeurs jours et nuits. Un simple repas aiguise les papilles, les saveurs sont multiples et enivrantes. Qu'il est réjouissant de faire le tour du potager et de cueillir le fruit d'un travail de longue haleine qui permet de remplir une assiette en toute simplicité. Traverser ce jardin en pleine conscience au fil de la journée, passer sous les ombres qui s'inclinent opère un travail fabuleux sur la pacification du mental. Toute chose relève de l'art dans sa pure essence naturelle à l'intérieur de ce domaine. Le lieu est sublimé par une foule de touches créatives et attentionnées. Le jardinier écoute ses plantes et façonne au gré des directions que prennent le végétal. On pourrait croire que tout est laissé au hasard, pourtant l'harmonie règne pour le confort de l'environnement et le plaisir du regard.


Cyril Bodolec est fabricant de macarons à Saint Michel de Villadeix, il a également la casquette de chanteur baryton dans des récitals baroques. Les macarons sont excellents, avec des crèmes issues de produits locaux et de saisons. Une belle chapelle nous accueille avec sa fraicheur et sa résonance parfaite. Cyril interprète des airs assez peu connus, la découverte ainsi que l'écoute sont assez incroyables. Seul sur scène, avec un simple enregistrement, il nous transporte à travers les siècles et les opéras. Les styles s'enchainent, la voix s'affermit. Je vis un pur moment de sensations auditives.

Les journées se déroulent paisiblement à la Hulotte, la nature continue de souffrir de la chaleur mais s'épanouit continuellement. C'est la période de la cueillette et de la cuisine : compotes de pommes, coulis de tomates, repas divers et variés. Le chemin a été élargi est nettoyé pour permettre le passage de mon véhicule quelque peu encombrant. Je déguste les pommes, poires, pêches, mûres. J'ai trouvé des figues chez un voisin. Un art de vivre simplissime mais tellement réjouissant.

Les cours de tango continuent, je commence à avoir l'impression de danser réellement. L'envie de devenir élégante me titille, dans 2 jours nous partons au Festival. Je ferais mes vrais débuts.


La chaleur reste omniprésente, écrasante. Il faut arroser, récolter avant que les plantes ne sèchent trop, cuisiner les fruits et légumes qui ne pourront pas se garder. Vider les feuilles du bassin pour pailler les cultures. Ces activités alternent avec l'apprentissage du tango argentin. Je suis bercée à longueur de journées par les auteurs-compositeurs-interprètes de toutes les périodes. Mes préférences se tournent vers la musique des années 1930 à 1950 : Astor Piazolla, Carlos Gardel, Juan Carlos Caceres, Osvaldo Fresedo, un de mes préférés, Rodolfo Biagi, Carlos Di Sarli, Francisco Canaro et tant d'autres. Je perfectionne la marche arrière, les talons serrés, les extrémités de pieds ouvertes vers l'extérieur. Le télétravail continue dans ce cadre de vie idyllique.


Le sentier agro-naturaliste du Caudeau au départ de la Hulotte, une création permettant de mettre en valeur les producteurs et leurs habitats. Une balade champêtre enchanteresse, à l'ombre de multiples essences d'arbres. Un projet mené par Terre de Liens avec de magnifiques panneaux en fer forgé pour laisser son regard errer vers l'horizon.


Visite de l'astronef chez Francis, un homme autodidacte multi potentiel. Francis s'est installé sur ce lieu en 1993, depuis il n'a de cesse d'améliorer sa maison, inspirée du Goetheanum de Rudolf Steiner. Il surnomme également ce lieu, la maison biodynamie. Nous rentrons dans la propriété en passant le magnifique portail en bois de la Rose Croix. Un habitat en grande partie construit et sculpté en bois dans une dynamique de vortex interstellaire. Pour pénétrer dans ce lieu, il faut passer la Porte du temps. Un voyage de plus de 10.000 ans où nous découvrons que l'Inde Antique côtoie la Perse, l'Egypte, l'époque Judéo Chaldéenne et la période Gréco-Romaine dans un ensemble parfait. Le hall est dédié à Shiva dont le pied droit repose sur le Démon ou Nain de l'Ignorance, surnommé Muyalaka ou Apasmara. Le Démon incarne l'illusion ou la passion humaine, tandis que Shiva symbolise la victoire de la connaissance, par sa maitrise de l'égo et des forces destructrices. L'entrée dans le salon se fait par la porte de l'Orient et la sortie par la porte Jeanne d'Arc. Dans la salle à manger, un longue table de bois nous accueille avec ses sièges confortables, tandis qu'un zouzoulou ainsi qu'un trône nous tendent leurs accoudoirs pour accueillir notre pause bienfaisante. La soupente nous ouvre des portes digne d'une expérience spatiale. Mais où sommes-nous ? Une habitation ronde, triangulaire, une ambiance troglodyte ? Cette maison fait partie des rares espaces non géométriques, c'est une immense structure sculptée. Elle se développe comme un éventail avec ses ramifications esthétiques et sa théorie spirituelle. Ici pourrait se côtoyer, grâce au syncrétisme, des êtres de tous horizons remplis de paix et de bienveillance pour l'intégralité de notre planète.

https://www.rudolf-steiner.de/



Nous arrivons au Festival International de Tango Argentin à Tarbes dès l'ouverture. Je découvre cette danse par la grande porte. En quelques jours d'entrainement, j'ai eu une approche de la posture, des pas et de divers enchaînements. Cette danse est soumise à des règles de bien vivre. On ne rentre pas librement sur une piste de danse. Un bal s'appelle une Milonga. Cette Milonga se décompose en 3 Tandas : la valse, le tango et la milonga. Entre chaque tanda se positionne une Cortina, un autre style de musique permettant de sortir de la piste et/ou changer de partenaire. Puis une autre tanda prend le relais. Pour trouver un partenaire à la fin de la Cortina, un jeu de séduction se met en place. Le regard cherche le regard de l'autre, un mouvement de tête confirme l'invitation et le tanguero nous prend délicatement la main, pour nous faire entrer sur la piste de danse en s'intercalant entre les autres couples. L'invite se fait dans la plus grande délicatesse, nos pas marquent le tempo de la musique avant de débuter la Caminata (la marche). La tanguera danse surtout en marche arrière et les jeux de jambes s'invitent dès que possible. La position en Abrazo, très intime, nous permet de suivre le mouvement du buste de notre partenaire, les jambes virevoltent au gré des Adorno (fioritures). Le Tango Argentin est une danse sociale, il faut respecter la ligne de danse qui fait le tour de la piste. Le tanguero doit savoir guider sans gêner les autres, il gère l'espace et veille sur sa partenaire, il anticipe les figures suivant la place disponible autour de lui. La difficulté du guidage se ressent dans les angles créant un léger chaos à certains pôles spécifiques de la piste quand les danseurs ne sont pas assez vigilants. L'intention précède le geste ou le mouvement sur cette ligne de danse. C'est le fait de projeter la pensée dans le corps, avec un objectif ; pour cela, il faut favoriser la détente en restant tonique mais sans force brute. Une fois ce stade dépassé, la musique diffusé par le DJ, améliore elle-même cette circulation.

Je n'aurai jamais penser trouver des partenaires si facilement. La bienveillance règne dans ces lieux. Que ce soit au jardin Massey, à l'hôtel de ville ou bien à la Halle Marcadieu, j'ose un sourire et un regard, je suis bien vite accrochée par un tanguero à qui je glisse rapidement quelques mots sur mes balbutiements dans cet art. Chacun m'apprendra quelque chose, chacun m'apportera sa touche personnelle, son doigté, sa délicatesse ou non (ils sont rares). Il m'en reste des souvenirs impérissables. La joie de découvrir une nouvelle activité qui me remplit de bonheur et de contentement. Le plaisir de voir des partenaires m'inviter de nouveau les jours suivants, un début de félicité quand l'un d'eux me dit avoir aimé partager ces quelques minutes à mes côtés. Un autre me glisse doucement à l'oreille avoir vécu une tanda inoubliable grâce à moi. Comment vous décrire une valse sur la musique du lac des Cygnes, dansée dans un sentiment proche de la béatitude avec un allemand qui m'a laissé prendre quelques libertés en me proposant une Soltada, c'est à dire se mettre côte à côte pour avancer rapidement sur la piste en continuant les jeux de jambes. J'ai vécu des choses indescriptibles, proche d'une méditation profonde, des sommets que j'ai rarement atteints. La fatigue est là, suivant les jours j'ai dansé 2 heures, 5 heures jusqu'à 9 h d'affilées. Nous avons eu très chaud, puis nous avons connu des orages et des baisses de températures, mon corps de femme sportive découvre des muscles insoupçonnés. J'ai Osé encore une fois, ma liberté m'a de nouveau transcendé. Ce festival restera gravé à tout jamais. Je me suis sentie belle, ma nouvelle garde-robe m'a mise en valeur, des soupçons d'élégances ont accompagné certains de mes pas. Je n'ai qu'une envie, continuer le ballet. 




J'ose vous montrer mes premiers pas de tanguera.



Retour en Dordogne. Quel plaisir de voir le jardin verdoyant, les plantes ont repris de la vigueur. La cueillette des pommes, poires, figues et pêches battent leur plein. Je me gorge de vitamines et de saveurs à nulle autre pareille. Les pots de compotes s'entassent et le jus de fruits frais me nourrit régulièrement. Je repars en Milonga. Jeudi soir l'accueil au château de La Réole illuminé par le DJ et danseur Sidi Graoui me fait passer encore un excellent moment. J'ai progressé gentiment. Mes bras s'allègent et j'enchaîne les pas plus facilement. Je profite de la route pour passer du temps au bord de l'océan Atlantique. J'arpente la plage d'Andernos les Bains, l'eau est juste tiède pour cette fin d'été, malgré la canicule des mois précédents. Ce soir, une nouvelle Milonga à Léognan.



Je suis repartie sur les routes pour faire le tour de la famille et des amis.


Séphora PInabel 5 août 2026
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