Le 5 janvier, je reprends mon chemin seule direction la Pologne. Il faisait moins 7 en Alsace. Je passe la nuit à moins 11 près de Ulm. Il neige un peu. Sur les belles routes allemandes le ménage a été fait. Je profite du paysage. Je m'arrête au pied de l'imposante Abbatiale de Neresheim. Je m'offre une recharge pour les batteries sur le 220 volts pour 0.50 €. Avec le froid, elles déchargent vite. Dans quelques jours, je vais faire connaissance avec ma famille polonaise.
Je passe la nuit après Nurmberg dans une forêt où la présence de loups est signalée. J'aimerais tant en apercevoir. Les habitants ne s'en soucient pas plus que ça. Je rencontre des bûcherons, promeneurs et joggeurs. La randonnée suit un sentier karstique en passant par la grotte de Maximilian jusqu'à la cité de pierre avec des cavernes. Nous sommes dans la suisse des Hersbrucker. Nous revenons givrés. Cela va devenir une habitude.
J'arrive en République Tchèque. Diesel à 1.22 €/l et GPL à 0.53 €. C'est presque plaisant de passer à la pompe. La route que j'avais prévue pour mon prochain spot n'est pas déneigée. Je me rabats sur le parking d'un cimetière. Après une bonne nuit, je fais ma première sortie en raquettes. On aperçoit fugacement une belle biche.
Pour continuer, je dois mettre les chaînes à neige. C'est chose faite en 5 minutes. Je les retire au bout de 10 km. Et puis il a fallu les remettre et malheureusement une grande grimpette avec du verglas qui me cause quelques tracas, j'en casse une. Je n'ai d'autre choix que de faire marche arrière pendant 1 km pour retrouver une voie bien dégagée. La visibilité n'est pas fameuse entre la neige et le ciel blanc, j'ouvre ma portière et c'est le corps à demi dehors que je fais la manœuvre. J'avoue, je transpire un peu. Coup de chance, un parking qui me tend les bras. Vu l'heure, je m'arrête ici, c'est un joli coin on va se promener. Je n'ai plus de GPL donc pas de chauffage. Vive les chaussettes de ski et la bouillotte. Les chaînes sont réparées, on peut repartir.
Visite de Prague en partie sous la neige. Avec Tiago on emprunte le tramway. Elle est bien sympa cette capitale. Les gens sont joyeux. Ils chantent et dansent dans la rue. Les batailles de boules de neige sont nombreuses. Il y a foule dans les rues malgré le froid. La vieille ville a vraiment un côté atypique mais trop rococo pour moi.
Je passe la frontière polonaise et je m'offre un petit plaisir. Un parking camping-car chez l'habitant. Je profite d'une bonne douche chaude et comble du luxe un sauna. Je suis seule, je m'installe dans la cuisine pour travailler. Plus tard, je croise deux chevreuils dans la neige. Je suis trop lente pour dégainer l'appareil photo.
https://www.lawendowakudowa.pl/kamperowa-kudowa
Je reprends le rythme de travail tous les jours. Il me reste un peu plus de 300 km pour faire connaissance avec ma famille polonaise. Aujourd'hui ils ont fêté les 89 ans de l'arrière grand mère. Je les rejoins jeudi.
Problème au démarrage, par moins 19 degrés, le diesel a gelé, la paraffine a bouché le filtre. Je suis bonne pour un remorquage et une nuit au chaud dans le garage. Heureusement que j'ai le filtre à gazole avec moi. Une fois changé et le diagnostic du véhicule effectué, je peux repartir. J'avais fait le plein à Prague en pensant qu'ils avaient le carburant approprié. Il me reste à trouver de l'antigel. Je vais prendre la direction du Nord. Je dois prendre les devants.
Avant d'arriver chez Franek, je passe la nuit dans le désert polonais, le désert de Bledow. Je n'en verrai que du blanc. Entre la neige au sol et le brouillard, je marche dans un décor fantasmagorique.
Vous voulez découvrir ma famille polonaise ? C'est ici :
https://www.sephorawildwoman.com/blog/une-femme-en-camping-car-1/mes-origines-polonaises-18
Une semaine a passé trop vite. Que de découvertes, de joie, de soirées animées, de sorties enchantées. C'est promis je reviens pour l'été 2027 et j'espère bien ne pas venir seule.
Me voici repartie. Après avoir consulté la météo, je décide de descendre et suivre les frontières Slovaques, Ukrainiennes et Biélorusse. C'est ici qu'il fera le moins froid et que j'aurai le temps le plus clément. Pas évident de trouver des parkings dans ce secteur. La route seule est déneigée. Avec la pluie qui s'est mise à tomber, il ne manquerai plus que je m'embourbe. Je roule bien plus vite que prévu.
Je passe une nuit à Folucz, non loin du premier puits de pétrole au monde. Il date de 1854 et je croise plusieurs lieux d'extractions aux alentours.

Je suis dans le secteur des belles églises en bois. Je dors au pied de celle de Haczow. J'arrive pour la messe et j'entends les chants orthodoxes. D'abord masculins, puis féminins. Rebelote le matin dés 7 h, un vrai régal pour mes oreilles.
Je découvre Rudawka et sa cascade de glace. C'est déjà la débâcle. Il faut traverser à pied une rivière plus ou moins gelée pour suivre le sentier et admirer cette formation de glace. Tel un vrai glacier, des stalactites dégringolent à grand fracas. Je continue la balade vers un petit sommet. Un chevreuil joue à cache cache entre les arbres à moins de 20 mètres. Impossible de le prendre en photo. De retour au parking la neige a fondu. Il fait 8 degrés. C'est un vrai champ de boue. Le lendemain matin, je trouve un sentier bien agréable. Je dois traverser un petit ruisseau mais je tombe entièrement dedans. Retour rapide au véhicule pour prendre une bonne douche. Je me suis un peu froissée les côtes. Je vais sentir ma douleur quelques jours.
Me voici à l'église de Rownia construite en 1888. Je suis sur un petit parking bien tranquille. Une petite balade en début de soirée me permet de me repérer. Cependant après une bonne nuit de sommeil, la randonnée tourne court. Je suis sur une belle patinoire. Tiago fait ce qu'il a à faire et on rentre à l'abri. On se promènera ailleurs.
Nouvel arrêt à Dynow, un autre style d'église. Je suis au départ d'une belle randonnée. Une sortie sublime. J'ai cru me retrouver avec Bambi. Je commence par voir 2 gros lièvres, puis 4 écureuils jouent entre eux. Derrière un talus des chevreuils, des pics de différentes espèces partout dans les arbres.
Un nouveau lieu et cette fois-ci un lac de barrage Zalem Chancza. Les chevreuils sortent de partout. Les pics sont bien présents également. La sortie est féerique. Il fait moins 8 avec un peu de vent. La fine neige s'élève en de multiples tourbillons. Il m'arrive parfois de ressentir des énergies bien particulières. C'est le cas ici.
Lac de Lubianka. Je suis bien contente de le découvrir sous la neige. Quand je vois les infrastructures, j'imagine que le lieu doit être bondé l'été. Je passe une nuit terrible entre glissades de voitures sur le verglas, rire et musique. Il fait moins 16 au matin. Rien n'arrête la jeunesse polonaise. Cela ne m'empêche pas de découvrir cette grande forêt. Il y a trop de randonneurs. Je vois fugacement 2 cerfs et un renard. Je viens de discuter avec des pêcheurs. Ils sont nombreux ce matin. La traduction est laborieuse. Nou sommes dans la meilleure période pour s'adonner à cette pratique dans la glace. jamais je n'aurais pensé en être témoin en Pologne. Le lac est très riche. On y trouve : brochet, sandre, perche, gardon, brême ou anguille.
Après ce joli lac, j'ai trouvé un parking camping-car à l'orée des bois de Kaniow où l'électricité coûte la modique somme de 1 ZLT les 2 h, soit 0.25 €. Je m'énerve sur la machine qui n'accepte pas ma carte bleue. Avec les températures, j'ai de nouveau vidé mes batteries, je ne peux pas rester comme ça. Par chance, un Ukrainien est déjà garé là. Il a la gentillesse de me payer 14 h d'électricité. On papote un moment. Il cherche du travail. Je vais questionner ma famille polonaise pour lui trouver des pistes. Cependant il part le lendemain pendant que je travaille. C'est bien dommage j'avais quelques adresses à lui donner.
Les températures remontent un peu, je pars à la découverte de Lublin. Je voulais la visiter car personne n'en parle. J'avais pourtant vu des images intéressantes. Je ne suis pas déçue, le centre est entièrement piétonnier. Je navigue dans des ruelles animées mais bien calmes. Je découvre de beaux monuments qui alternent avec des rues entières en pleine reconstruction. J'aime beaucoup ce style.
Je me rapproche de la frontière Biélorusse. J'aimerais tant passer de l'autre côté. Aux dernières nouvelles, il faut compter 63 h pour passer la douane. En attendant je traverse la mine de charbon de Bogdanka. En 2012, elle détenaient le record du monde de production de charbon avec 24 400 tonnes métriques. Les réserves pourraient couvrir les besoins du pays pendant 150 ans. La profondeur d'exploitation varie de 860 à 1 100 m. La superficie de la zone de licence minière s'étend sur 73,3 km2. Actuellement 4.930 personnes travaillent dans cette mine. Environ 100 000 personnes sont employées dans le secteur du charbon dans le pays qui produit 80% de son électricité dans des centrales à charbon.
La Pologne est le pays d'Europe le plus consommateur de charbon. Mes poumons ne le savent que trop. A chaque bourgade traversée, cette odeur pestilentielle m'emplit les narines. C'est irrespirable. Le pire fut la traversée de Katowice. Le nuage de pollution sur toute la ville était impressionnant. Régulièrement, le taux de pollution de l'air en Pologne est parmi les plus élevés d'Europe. Environ 70% des ménages polonais brûlent du charbon de mauvaise qualité, voire des déchets, dans leurs vieux poêles, et une grande partie de l'électricité vient de centrales à charbon datant de l'époque communiste. Aussi la Pologne figure-t'elle parmi les pays le plus pollués de l'UE.
Pour améliorer cela et pour rendre cette société plus verte, les actionnaires ont décidé de construire une centrale solaire photovoltaïque de 30 MW à proximité de la mine, pour ses besoins énergétiques. On marche vraiment sur la tête. Installer une ferme solaire pour alimenter en électricité une mine de charbon, dont l'extraction servira à produire de l'électricité.
https://lw.com.pl/en/ongoing-projects
Je passe encore la nuit sur le parking d'une église. Ils sont faciles d'accès malgré la neige et le verglas maintenant. Nos pas croiseront seulement des cigognes et des chevreuils ce matin.
Me voici à Anusin au pied d'une église orthodoxe. Je suis passée le long de la frontière Biélorusse et j'ai pu voir la barrière métallique qui sépare les deux pays. 150 km de fer pour endiguer l'immigration. Sans commentaire.
Je découvre les premières traces d'élans. Crottes, empreintes et couches, ils sont partout. A défaut d'en apercevoir, me voici nez à nez avec une famille qui coupe son bois. Après avoir papoté un petit moment, je me retrouve invitée pour le diner. J'ai passé une soirée merveilleuse avec ce couple qui habite Varsovie. Monsieur a grandi en face de la maison qu'il a achetée. Ils ont délibérément choisi de ne pas avoir l'eau et l'électricité. L'hiver ils apportent de l'eau, ils ont de multiples chandeliers et lanternes, se chauffent avec un poêle style finlandais et une cuisinière. Il faut 24 h pour chauffer la maison. Les toilettes se trouvent dans la cabane au fond du jardin. La douche se prend dehors aux beaux jours. Un puits avec pompe manuelle est utilisable quand il ne gèle pas. Ils parlent assez bien français. Par le passé, ils ont accueilli des familles françaises chez eux. Leur voyage de noce avait pour destination Paris et Rennes.
Ils s'offrent et offrent à leurs enfants, petits enfants et amis ce cadre de vie. Revenir au plus simple au milieu de cette nature sauvage. Nous nous sommes très bien trouvés.
Balade le lendemain matin. Devant nous 2 élans passent au galop. Waouh c'est impressionnant. Ils sont vraiment gros et on ne peut pas se tromper, leur tête est tellement caractéristique. Peu de temps après encore 2 élans en plein galop également. Ils font un de ces raffut dans les bois. Entre leurs palettes qui touchent les branches et la neige gelée qui craquent sous leurs énormes sabots, ils troublent quelque peu la tranquillité du lieu. Je les pensais bien plus placides. J'arrive à photographier un pic épeiche. Il doit avoir un sacré garde manger, il n'arrête pas de plonger le bec. Il a un énorme bidon. D'un seul coup j'entends des branches qui se cassent. Je vois furtivement passer deux élans derrière le bosquet où je me trouve. Je m'accroupis pour mieux les voir. J'aperçois seulement deux masses sombres marchant tranquillement. Ce sont des coquins, je fais le tour du bosquet, ils font de même mais en restant bien cachés. Je les laisse là. Je les cherche mais en aucun cas je ne les suis. Si j'ai la chance de faire une photo c'est le summum. Mes yeux eux n'oublieront pas. Et cette émotion que je ressens à chaque fois que je peux apercevoir cette faune sauvage. C'est indescriptible, le cœur bat, la peau frissonne, le sourire s'élargit. Ma journée est comblée.
Je me retrouve à Koryciny Ziolowy Zakatek en plein XVIIIème siècle.
https://ziolowyzakatek.pl/
J'ai encore besoin de faire le plein des batteries, c'est le lieu idéal. Ils ont recréé un village de Podlachie. C'est un lieu magique, de paix, haut lieu de l'herboristerie, des jardins botaniques, des roseraies. La région est riche en plantes médicinales : le millepertuis, l'absinthe, la renouée, le thym, la mélisse, la menthe, la sauge et la molène. Koryciny est un village avec une longue histoire remontant au Moyen Âge. La localité est connue depuis longtemps pour ses forêts denses environnantes, ses lacs clairs et ses rivières pittoresques. Sur 20 hectares sont regroupés cultures et traditions de cette région en accord parfait avec la nature.
Je viens d'arriver à Bialowieza, la réserve des derniers bisons d'Europe. Jamais je n'aurais penser faire un face à face avec un bison. Pourtant cela m'est arrivé. A peine installée sur un parking avec un observatoire, nous partons pour la balade de fin de journée. Je pars à l'opposé de la réserve pour m'enfoncer dans la forêt primaire, la seule d'Europe. Il y a encore beaucoup de neige et il gèle toujours. Mes pas craquent, j'avance précautionneusement pour faire le moins de bruit possible. Je me dirige vers un bosquet et surprise, j'aperçois un derrière de bison. D'accord ce n'est pas la meilleure image de voir un bison faire sa crotte. Je demande à Tiago de rester assis sans bouger (il commence à comprendre la traque photographique). Ce qui me permet de m'avancer vers le plus grand mammifère d'Europe. D'un seul coup, il me sent ou m'entend. Je me retrouve à moins de 30 m d'un jeune mâle, un peu maigre. J'ai le temps de prendre plusieurs photos. J'avoue j'ai un peu flippé. Je suis repartie à reculons puis j'ai récupéré Tiago qui n'avait pas bougé et nous nous sommes éloignés. Vous ne pouvez imaginer le moment d'émotion que j'ai vécu. Du bonheur à l'état pur. J'ai choisi ce mode de vie pour être au plus proche de la faune sauvage. C'est vraiment une réussite. Je suis tellement bien à arpenter la nature au quotidien. Je suis dans mon élément.










