Le moment est venu de faire le bilan de ce premier hiver que j'ai passé en mode nomade à temps complet. J'ai adoré. Je ne le répéterai jamais assez. L'hiver avec ses paysages de neige, nous fait entrevoir un monde de silence et de pureté. J'attrape un flocon et admire sa forme si parfaite avec ses agrégats de cristaux de glace unique. Une étoile à six branches avec des raffinements complexes. La nature en est transformée jusque dans ses perspectives. Les distances paraissent différentes. La vue reste éblouie par les reflets du soleil. C'est le cadeau de l'hiver idéal, le doux bruissement de nos pas nous emmenant souplement de l'avant. Les arbres nus se dressent. C'est le mode pause. Garder l'énergie en soi, l'accumuler pour la faire rejaillir le temps venu. L'hiver nous emplit de joie, nous sommes vivants. Quelle sensation, les narines qui se collent à chaque inspiration. Ces bouffées d'air glacé qui purifient le corps et nous font sentir si ardents. Le plaisir des jeux de neige, marcher, patiner, glisser. Tout est bon pour profiter de ces quelques semaines magiques. La nuit s'étire, elle aussi prend son temps. Les cieux étoilés atteignent des profondeurs inégalées.
Derrière chaque problème se trouve une solution, je ne le dirai jamais assez. Bien évidemment c'est toujours facile de le seriner à tout vent. Dans mon cas, je vois ma vie comme un vaste champ d'expérience. Donc pour chaque difficulté, je réfléchis, pas toujours calmement, mais avec assez de lucidité pour trouver le remède le mieux adapté. Voici le descriptif des soucis du quotidien. A bien y réfléchir, il n'y avait vraiment pas lieu de s'affoler à chaque fois.
1- 2 batteries de 110 h au gel pour l'habitacle avec des panneaux solaires pour 240 watts, quand il fait moins 18 degrés, c'est vraiment juste. J'avais 3 jours d'autonomie sans mettre le chauffage la nuit. Quand j'ai changé mes accus, je voulais du lithium. Vu l'âge du véhicule le coût était trop élevé. Je pouvais acheter un générateur. Mais entre le prix d'achat et la consommation d'essence , l'achat n'était pas judicieux. J'ai opté pour plusieurs parkings payants dont le montant a oscillé entre 3.20€ et 28 € par nuit.
2- l'évacuation de l'évier et du lavabo a été bouchée deux fois une semaine par le gel. Qu'importe je n'utilise aucun produit nocif. J'ai toujours trouvé un endroit pour jeter l'eau de ma bassine : un caniveau, des toilettes, un buisson dans le pire des cas.
3- j'ai appris de mon manque de compétence mécanique. Par moins 18 degrés, le diésel a gelé et donc le filtre à gazole. Résultat un dépannage pour passer la nuit chez le garagiste. J'avais un filtre neuf dans le véhicule. Je suis repartie dans la matinée. Mon camping-car a 16 ans, je garde une assurance tous risques avec assistance complète. Je paye un peu cher à la MAIF pour un service irréprochable depuis plus de 20 ans.
4- j'ai dû trouver un réparateur de camping-car pour arranger la cellule de l'habitacle. La pièce neuve est introuvable. J'avais essayé de la trouver en Espagne. Il a changé également la vanne de vidange des eaux usées. C'était à faire également. Je suis tombée sur un polonais bien sympa qui a fait la réparation dans la journée.
5- j'ai cherché un mécanicien, en Pologne également, pour changer le thermostat et la sonde du moteur. Encore une réparation qui était à faire. Je le savais depuis l'achat du véhicule, c'est à dire depuis 3 ans. Il a vraiment été extra. Il a pris son temps. On s'est donné 24 h pour que je teste le véhicule et être sûre de pouvoir repartir en paix.
6- j'ai connu un vrai hiver avec des gelées très importantes pendant près de 3 mois d'affilée. Parfois en me levant il faisait un petit degré de rien. En 15 minutes grâce au chauffage GPL, l'habitacle est chaud. Apparemment c'est l'hiver le plus froid de la Pologne et des Pays Baltes depuis 12 ans. Je ne pouvais pas mieux tomber puisque c'était mon souhait d'affronter ces conditions. Je dors parfois avec des chaussettes de ski et une bouillotte. Et alors ? C'est confortable. J'en connais qui dorment en pilou-pilou dans une chambre chauffée à 18 degrés. J'ai glissé de nombreuses fois sur le verglas. Mon dos n'apprécie pas du tout. Pour mon anniversaire je m'offre un massage ayurvédique d'une heure à Tallinn. Le summum de la solution n'est-il pas ?
7- je travaille tous les jours comme freelance et j'en suis à la troisième mission depuis janvier. Le plus grand de mes soucis c'est de trouver de la connexion à chaque arrêt. Ce n'est pas une difficulté insurmontable. Par contre, le dernier client refuse de me payer ma facture. J'ai découvert le Médiateur des Entreprises. Logiquement je devrais récupérer mon solde sans passer par la voie judiciaire. J'apprends ainsi qu'un freelance possède le pire des statuts. Déjà que la couverture sociale est médiocre en cotisant un maximum. C'est sans compter sur ces entreprises sans foi ni loi, pour qui vous êtes corvéable à merci pour des rétributions, somme toute, modestes.
8- j'ai découvert la Solitude, oui avec un grand S. Je ne suis pas partie la fleur au fusil, toute guillerette d'entreprendre un voyage sans d'autre souci en tête que d'avancer. Que nenni. En juin dernier, j'ai pensé qu'il était vraiment temps de prendre cette décision. Normalement le vrai voyage n'était prévu qu'en 2030. Le temps de mettre de l'argent de côté et de le préparer. C'était sans compter sur la conjoncture internationale. D'abord je vidais mon épargne au lieu de vivre de l'immobilier ancien en milieu rural. Ensuite la perte de nos libertés en France et à l'étranger s'accélère. Pendant combien d'années vadrouiller en camping-car sera-t-il possible ? Par ailleurs, je ne suis pas à l'abri d'un accident ou d'une maladie. Enfin j'avais besoin de souffler en me retrouvant face à moi-même. Pour mieux revenir et reprendre ce qui était en cours.
Morale de Séphora Wild Woman in the Winter : Je me suis régalée. Si je devais tenir un carnet des temps forts et des temps maussades, la balance penche très bas du côté positif. J'ai avalé les difficultés. J'ai encore décuplé mes compétences. J'ai passé un hiver merveilleux dans un univers magique au milieu d'une faune et d'une flore incroyables. J'ai rencontré ma famille Polonaise. J'ai été reçue à bras ouverts par des personnes pleines de bons sens et de gratitude pour la vie. Je suis suivie de loin par bons nombre d'êtres qui me sont chers. Certaines s'inquiètent de mon sort. D'autres m'accompagnent et me soutiennent journellement. J'ai perdu Stéphane. Une incompréhension s'est installée entre nous. Le dialogue nous a quittés pour laisser la place à un malaise grandissant. Il a mis fin à notre relation sans discussion possible. L'impression de me faire lâcher comme une malpropre. Pourtant nous laissons 7 années incroyables derrière nous. Qui aurait pu croire que l'intégralité de notre complicité s'effacerait par l'envoi d'un simple courriel un beau matin, sans crier gare.
Tout a un prix. Ma liberté me coûte mon partenaire de vie. Un obstacle supplémentaire à surmonter. Un nouveau tremplin auquel il me faudra accéder pour poursuivre ma route sereinement.