Le périple en Pologne se termine pour cette année. J'ai passé plus d'un mois et demi à parcourir ce pays. Je suis un peu triste de le quitter. Mais je reviendrai pour l'été 2027.

Me voici en Lituanie. Je continue de longer la frontière Biélorusse. Là où se trouve en quantité la faune sauvage. Rien que le passage de la frontière mérite une mention. Je venais de parcourir 23 kms de pistes enneigées et verglacées. Je suivais une grande ligne droite dans les bois, des mini montagnes russes. Devant moi s'approche un véhicule des gardes-frontière. Je n'ai aucune envie de me faire arrêter, j'ai assez roulé pour aujourd'hui et j'ai hâte de me poser. Ouf ils passent leur chemin. Quelques centaines de mètres plus loin, je vois la douane. En l'occurrence, un véhicule utilitaire proche de toilettes chimiques et en guise de délimitation quelques piquets blancs et rouges. Voilà pour le poste frontière polonais. Rien du tout côté Lituanien. Un des rares avantage d'être dans un pays européen pas de formalité administrative entre les deux pays.
L'arrivée sur le parking de Paveisininkai se fait dans le cliquetis des ABS. La descente est courte mais rude. Une petite marche arrière s'impose, j'ai dépassé l'entrée. Je passerai deux nuits ici. Je vois peu d'empreintes et n'aperçois que deux chevreuils. Les castors sont légions, certains arbres n'y coupent pas. Les panneaux annonçant l'entrée des communes sont stylées. Un papy dans un antique tracteur me fait comprendre que je ne dois pas être sur le bon chemin. Je lui montre ma destination et en guise d'acquiescement il m'envoie des baisers. Bienvenue en Lituanie. Je traverse un village qui a compté jusqu'à 173 habitants, ils ne sont plus que 7. Triste désertification rurale qui a le mérite de laisser la nature reprendre sa juste place. Il neige de nouveau, je remets les chaines pour repartir. Il me faut vraiment un 4x4. Je commence mon initiation Lituanienne. J'avais fait un bref passage au retour de Russie en 2019. Cette fois-ci je prends tout mon temps. Je sais qu'ici les énergies naturelles sont recherchées. Les traditions dites païennes perdurent. Une porte spirituelle s'ouvre dans mon voyage..
Premier site, la pyramide de Merkiné. Le propriétaire pense avoir vu un ange. Il lui a pris l'idée de construire une pyramide puis un dôme pour venir prier, méditer, réfléchir sur son lien à l'existence et ceci quelque soit son obédience. Elle est située dans le parc national Dzūkija. Les chevreuils se jouent de moi. Je tourne la tête j'en vois deux derrière moi. Je prends le même chemin au retour qu'à l'aller. Il n'y avait aucune trace peu de temps avant, maintenant leur passage est bien visible et Tiago le sent bien. Mais retournons à la pyramide. Il me faut suivre une procédure bien définie pour entrer dans le dôme. Mon intention est claire, mes intentions sont définies. Je pratique la méditation bouddhiste depuis plus de 20 ans. Je suis familière et réceptive aux énergies. Ce que je demande ? La santé pour moi et l'intégralité de ceux qui me sont chers. La poursuite de mon voyage dans la paix et la découverte d'autres personnes qui m'apprendront de par leurs expériences de vie. Le dôme amplifie l'effet énergétique de la pyramide et m'isole des éléments extérieurs. Je peux laisser libre cours à mon introspection. Je n'en appelle pas au divin auquel je ne crois pas. Je me ressource dans un état de calme et de bien-être auquel il est aisé d'arriver dans ces lieux, source de tranquillité. Mes pensées filent sans heurt. Je n'étais pas rentrée dans un tel lieu depuis 2008 au Monastère de Kharma Ling avec ses méditations musicales, une autre histoire. J'en ressors apaisée et guillerette. Je recommencerai demain matin.
Le site suivant me permet de découvrir quelques-unes des divinités païennes lituaniennes. Je suis en bord de lac à Marcinkonys. Me voilà au milieu de : Medeina, déesse des animaux et des forêts, Andojas la divinité suprême, Zemina déesse de la terre et bien d'autres. J'apprends que la vénération lituanienne pour les phénomènes atmosphériques, la nature, la commémoration des morts perdure. Les premières lois de respect de la nature ont été inscrites dans le statut lituanien en 1529. Je suis dans ce pays depuis quelques jours et je m'y sens bien. Je balbutie mes premiers mots. Les habitants sont souriants et ouverts aux dialogues. Il faut dire qu'au cœur de l'hiver, ils me voient arriver de loin.
Un détail me frappe dans ce pays. C'est le nombre de parkings avec aire de pique-nique. Pour eux ce sont des campings. De belles tables de pique-nique souvent couvertes et parfois avec leur propre barbecue, éclairage et prises électriques, des toilettes sèches adaptées aux handicapées, des gradins et plateformes, des jeux pour enfants. L'ensemble au milieu des bois et près d'un lac de baignade. C'est dommage, elles sont difficilement accessibles à cause de la neige. J'ai déjà dû pousser plus loin plusieurs fois pour trouver un spot. Qu'importe ces lieux me donnent le sourire.
Le printemps commence à poindre son nez. C'est la première fois que j'assiste à la débâcle des rivières. Les bourgeons commencent à sortir. La température remonte rapidement. Il fait 14 degrés à midi et il ne gèle plus la nuit. Quel changement radical.
Encore une halte chez l'habitant avant l'arrivée dans la capitale. Il fait moins froid, j'ai retrouvé l'intégralité de mon autonomie électrique. Par contre il est impossible de trouver de l'eau. Je fais la connaissance d'une jeune famille charmante. Un couple avec une petite fille de 2 ans et la sœur de la maman m'accueillent. Nous parlons français et anglais. La petite parle également allemand et polonais. Ils se sont installés ici pour en faire un petit paradis en habitant une maison de 40 m² rempli de livres. Je leur fait cadeaux de deux livres pour enfants; ils compléteront leur collection. Ce sont des van lifers, à la belle saison ils partent sur les routes. Cet été ils seront en Roumanie. La jeune sœur rejoint Chambéry à l'automne grâce aux échanges Erasmus. J'aurai bien l'occasion de la revoir. Nous remplissons la cuve de mon véhicule à l'arrosoir, huit aller-retour et c'est plein.
J'arrive à Vilnius. Petite capitale avec une particularité. Une République civile dans la ville. Užupis est l'un des plus anciens quartiers de Vilnius, la banlieue pour les pauvres. Progressivement, les artistes ont commencé à en faire une véritable république d'artistes avec leur gouvernement, leur hymne, leurs traditions, leurs fêtes et la Constitution. Sur le mur de la rue Paupio, un ensemble de lois de base de la Constitution d'Užupis a été traduit en 26 langues. Leur drapeau est significatif : la paume de la main, symbolisant l'ouverture et la tolérance ; un trou dans la paume signifie que vivre à Užupis permet de vivre, d'aimer, de travailler, mais qu'il est impossible de posséder. Cette Constitution a été créée en seulement trois heures L'idée leur en est venue à cause du manque de tolérance en Lituanie, qui « vient de la peur ».
Extraits de la Constitution :
• Une personne a le droit de mourir, mais ce n’est pas son devoir.
• L’homme a le droit de faire des erreurs.
• L’homme a le droit d’aimer.
• Une personne a le droit d’être paresseuse ou de ne rien faire.
• Une personne a le droit de douter, mais ce n’est pas son devoir.
• L’homme a le droit d’être heureux.
• L’homme a le droit d’être malheureux.
• Une personne a le droit de garder le silence.
• L’homme a le droit de croire.
• La personne a le droit de comprendre.
• Une personne a le droit de ne rien comprendre.
• Une personne a le droit d’avoir différentes nationalités.
• Une personne a le droit de célébrer ou de ne pas célébrer son anniversaire.
• Une personne doit se souvenir de son nom.
• Une personne peut partager ce qu’elle possède.
• L’homme ne peut pas partager ce qu’il n’a pas.
• Une personne a le droit d’avoir des frères, des sœurs et des parents.
• Un homme peut être libre.
• L’homme est responsable de sa liberté.
• L’homme a le droit de pleurer.
Vilnius c'est aussi une ville médiévale que l'on parcourt en gravissant plusieurs collines. Toutes les rues sont pavées. Déambuler dans les rues d'Uzupis et de Vilnius me fait découvrir une capitale qui mélange belles rénovations et rues délabrées. La ville paraît sinistrée. Les façades en enduit partent en lambeaux. Bon nombre de toitures sont en réfection. L'avant des maisons est neuf, l'arrière à l'état de ruine. Que penser de cette cité à 2 visages. La pollution plane sur les bâtiments.
Prochain arrêt le château de Trakai achevé en 1409 sous le règne de Vytautas le Grand . Pays de lacs et de forêts, la Lituanie me permet l'expérience de la marche sur glace. C'est ainsi que je découvre l'ancienne ville royale. L'ensemble historique composé de deux châteaux, accueillait les grands ducs avant leur installation à Vilnius. Etrange randonnée où je passe sous les passerelles permettant l'accès à l'île. Les pêcheurs sont toujours aussi nombreux et ici ils plantent leur tente style yourte mongole sur la glace. Ce pays me dépayse, m'amuse et me remplit d'énergie. Je bénéficie d'un soleil radieux quasiment chaque jour. Aujourd'hui il fait 15 degrés. Les routes dégoulinent de neige fondue. L'épaisseur de verglas est impressionnante sur le bitume. Je passe une nuit paisible au manoir des Tyszkiewicz, ancien domaine des Tsars. Tiago veille sur les dames.
Je continue mon chemin, parc après parc, lac après lac. Mon bureau journalier me vaut bien des envieux. Un panorama splendide et un calme exceptionnel. Je bénéficie d'une météo printanière plus qu'agréable pour continuer mes découvertes. Je vois un busard des roseaux. Heureusement qu'un photographe est là pour me nommer le bel oiseau. J'assiste à la parade nuptiale des hérons. On ne les voit pas sur la vidéo mais on les entend bien. Leur chant est plus qu'impressionnant. Ce sont des animaux timides je n'arrive pas à en tirer un seul cliché. Je vois tous les jours de nombreuses empreintes mais ici les animaux se cachent. Les mise bas ne vont pas tarder. Les mères ont certainement besoin de quiétude. Le chien prend décidément trop de place. Même pendant la séance de yoga, il s'en mêle. Un pic épeiche se calme un peu pour la photo mais ce n'est vraiment pas évident de les cadrer. Le charme des maisons bois m'enchante toujours autant. Je m'imagine prendre un bain de soleil en terrasse avec vue sur le lac.
Me voici arrivée à l'observatoire de Moletai. Site astronomique national, j'ai rendez-vous pour la découverte de la galaxie lors d'une visite nocturne. Ils sont dotés d'un magnifique cadran solaire en fer forgé en devanture de l'observatoire. Ce pays sera pour moi un bain d'énergie. Entre spirituel, païen, eau, cosmos et ce qui me reste à découvrir dans ce pays, j'ai fait le plein de dynamisme. Un musée ethnographique jouxte les dômes astronomiques. La randonnée est jalonnée de totems et autres objets rituels. Les animaux se cachent toujours. Par contre pendant que je travaille sur mon PC, un chevreuil vient presque se frotter au véhicule. Quand je vous dis qu'ils se jouent de moi.
Pour ma dernière nuit en Lituanie, je dors au village de Stelmuzé situé à l'extrême nord-est du pays. L'Eglise baroque de la Sainte Croix a été construite en 1650 avec un simple ciseau et une hache. Regarder la chaire attentivement, elle semble bien bancale. Elle abrite des sculptures sur bois uniques datant de la fin de la Renaissance. Le clocher a été construit peu après. Il me permet de voir en détail la couverture. Je suis toujours stupéfaite quand je vois ces toitures en lamelles d'écorce. Ici 4 lamelles en quinconce évitent toute infiltration.
Je suis au pied d'un vénérable chêne de près de 2000 ans. C'est le plus vieux d'Europe. Il mesure 23 mètres de haut et 3.50 m de diamètre. Il a vu des troupes romaines. Napoléon se serait reposé à son pied. J'aurais voulu toucher son énergie. Il est malheureusement impossible de l'approcher.
Les restes d'un manoir avec ses dépendances jouxtent le site. Il reste même la tour des esclaves, un lieu où les serfs se faisaient torturer. Voilà que la bonne énergie en prend un coup dans l'aile. Les jours qui viennent me le confirmeront.
J'entend les grues interpeller leur moitié. Il faut absolument que je réussisse ne serait-ce qu'une photo.
Je me suis adossée au pied de mon vieux chêne
Dont le cœur a vu passer l'usure des ans
Et j'ai senti monter en moi sa sève
Cet arbre aimé m'aide dans le passage du temps





















