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Histoire de Loups, gardons la raison.

6 janvier 2026 par
Séphora PInabel

Pour la quatrième fois, j'ai passé plusieurs semaines en Espagne. J'ai bifurqué également quelques jours au Portugal. Les années précédentes j'ai également passé du temps en Italie, Slovénie, Slovaquie, Suisse et Autriche.

J'ai fait de multiples recherches depuis que je voyage à travers l'Europe. Mes propos visent à rétablir, autant que possible, les faits pour que le loup ne soit plus le bouc émissaire de la filière ovine. Je refuse que le loup soit sacrifié par peur, haine et pour assouvir les intérêts de quelques uns. Enfin mon propre chien s'est attaqué à un troupeau. Je suis donc très bien placée pour savoir qu'un chien domestique "s'amuse" avec le bétail. Il n'attaque pas pour manger.

Il n'y a qu'en France où la peur du loup reste omniprésente. Cette peur existe également pour les autres animaux sauvages. Le sanglier mangé les cultures. Le cervidé mange l'écorce des arbres, le raton laveur et le renard mangent les poules. Le loup attaque les randonneurs.

C'est vrai, parfois. Ils le font partout dans le monde.

J'ai essayé de me poser les bonnes questions. Qu'en est-il réellement du rôle des loups sur l'élevage en France ? Qu'en est-il réellement du pastoralisme et de la filière ovine ? Les loups ont-ils un impact sur les ongulés sauvages ?

Revenons à notre loup.

Le loup a été éradiqué du territoire dans les années 1930. Depuis une vingtaine d'années il colonise tout doucement notre beau pays. Il n'a pas été réintroduit. Il est revenu en France en 1992 de façon spontanée, par recolonisation naturelle de son ancienne aire de répartition. Il a été favorisé par la reforestation et les lâchers de gibier pour la chasse. Il est actuellement en phase d'expansion géographique et donc démographique. Sa population est estimée à 1050 individus. La croissance naturelle devrait dépasser les 20 % par an, mais elle est inférieure à cause des tirs légaux et illégaux qui ont même entraîné une baisse des populations. Localement les populations de loups n'augmentent pas. Il est donc absurde d'envisager une régulation de l'espèce.

Malheureusement les contes de Perrault, la bête du Gévaudan et bien d'autres polémiques ont la vie dure.

Le loup n'est ni un mythe ni un diable. Il est connu en Europe depuis 2 millions d'années. L'humain cohabite avec lui depuis 50.000 ans. Il est un carnivore ordinaire, taillé pour traverser de longues étendues et capturer des proies diverses. Il pèse dans les 30 kg soit le poids d'un berger belge. Le loup est un opportuniste. Il consomme des insectes, des charognes et des mammifères sauvages de toutes tailles. Il ne survivrait pas sans elle. Si l'occasion se présente il ne dédaignera pas une tête de bétail, plus facile à capturer que ses proies naturelles. Les troupeaux faisant l'objet de prédation sont ceux laissés sans protection ou sans gardiennage. Les loups ne torturent pas les animaux. Intéressons-nous plutôt à leurs conditions d'élevage et d'abattage à ce sujet.

La prédation par des loups sur certains troupeaux mal protégés est une réalité parfois difficile à vivre. Mais le loup ne doit pas être utilisé pour faire oublier les principales causes de mortalité des ovins et les vraies difficultés de la production ovine.

Il existe toute une série de mesures de protection des troupeaux largement prises en charge par l'État : salaire des bergers, clôtures, chiens de protection, etc. Bien évidemment cela implique des modifications de travail et surtout une préoccupation nouvelle pour les éleveurs n'ayant jamais connu le loup. La cohabitation fonctionne, dès lors que les mesures de protection du bétail sont bien adaptées et qu'elles sont mises en œuvre correctement. Mais il faut pour cela des éleveurs motivés qui réadaptent leurs pratiques pastorales à la présence des loups.

Saviez-vous que chaque année en France 500.000 ovins sont envoyés à l'équarrissage ! Ce  nombre phénoménal de moutons qui n'entre pas dans le circuit de consommation est tout simplement détruit, incinéré.

Le bétail tué par les loups est correctement indemnisé. En cas de prédation, lorsqu'il n'est pas possible de certifier la responsabilité d'un prédateur (un chien par exemple), le doute est au bénéfice de l'éleveur. L'Etat parle de "loup non exclu" et indemnise l'éleveur pour chaque animal tué. Cette perte représente environ 8.000 ovins par an. Ce qui représente 0,002% du cheptel français. La mortalité hors loup est au moins 10 fois supérieure ! Maladies, problèmes d'agnelage, accidents en estive... Sans compter bien sûr le nombre d'ovins abattus chaque année pour la consommation humaine, 500 fois supérieur.

Le loup fait partie de la biodiversité comme n'importe quelle espèce, donc comme nous. Il vit en meute, dans laquelle seul le couple dominant se reproduit. En France la meute est composée de 5 à 10 loups. Son territoire s'étale sur près de 300 km2 dans les Alpes. Entre 2 et 4 ans, le jeune quitte le groupe à la recherche d'un nouveau territoire.

L'élevage ovin en France est confronté depuis plusieurs décennies à une évolution de la société avec une forte concurrence internationale. La situation économique des exploitations est compliquée et le malaise des éleveurs existait bien avant le retour du loup. La situation est telle que les exploitations de montagne ne peuvent se maintenir que grâce aux subventions qui représentent en moyenne les 2/3 du revenu des éleveurs, hors aides liées aux loups.

Les exploitations ont évolué vers des troupeaux de plus en plus grands avec de moins en moins de main d'œuvre, donc de moins en moins gardés. En vingt ans les exploitations ont été divisées par trois et le cheptel réduit d'un tiers. La consommation de viande ovine par français a chuté de 40%. Le peu qui est consommé provient pour moitié de l'importation car l'agneau britannique, irlandais et néo-zélandais est moins cher.

Fait paradoxal. Le mouton résiste mieux où les loups sont présents. Depuis 1990, le cheptel ovin a chuté de 26% en Rhône-Alpes et de 8% en Provence. il s'est effondré de 50% en Poitou-Charentes, Auvergne et Limousin... Des régions où le loup était absent. La région PACA est de loin celle qui s'en sort le mieux en France, alors que c'est la plus riche en loups.

Quand bien même seraient éliminés tous les loups en France, ne serait résolu aucun des problèmes de l'élevage et du pastoralisme. Une espèce protégée ne peut pas servir de caution pour faire oublier les difficultés de fond d'une filière agricole !

Des aides importantes de l'Etat permettent la mise en place des différentes mesures de protection des troupeaux dans les zones de présence du loup. Ce gardiennage des troupeaux est indispensable à la pratique d'un pastoralisme de qualité, comme il existait autrefois lorsque les troupeaux étaient plus petits et la main d'oeuvre moins chère.

Nos voisins européens hébergent beaucoup plus de loups et l'élevage ovin s'y porte mieux. Avec ses 4 millions de moutons, la France n'est autosuffisante qu'à 45% en viande ovine. l'Italie compte 7 millions de moutons, son autosuffisance s'élève à 70% et compte une population de 2645 loups. l'Espagne est autosuffisante à 129% avec ses 14 millions de moutons.....et abrite une population de 2550 loups.

Le loup est un grand prédateur. Il capture essentiellement des chevreuils, des cerfs, des chamois, des isards, des moutons et des sangliers. Le loup ne fait pas disparaître le gibier  sans quoi il disparaîtrait lui aussi. Il régule les populations d'animaux sauvages. L'installation des loups fait réapparaître chez les ongulés un comportement de vigilance , comportement naturel d'une espèce-proie lorsque son prédateur est présent dans l'écosystème. Le loup disperse les ongulés, limitant ainsi les concentrations locales qui peuvent avoir un impact négatif sur les forêts.

La disparition des grands prédateurs et la gestion historique en faveur de la chasse de loisir ont favorisé une augmentation artificielle des populations d'ongulés sauvages. A tel point que depuis de nombreuses années, les quotas annuels d'animaux attribués pour la chasse ne sont presque jamais atteints.

Saviez-vous que le mouflon est un animal exotique introduit par les chasseurs. Il vient du Proche-Orient. C'est un animal domestiqué, croisé et hybridé avant d'être introduit en 1949 pour le simple plaisir de la chasse. Mal adapté aux déplacements dans la neige et n'étant plus vraiment une espèce sauvage, il est de fait une proie facile pour le loup.

Des chiffres ?

Il y a en France 1,5 millions de chevreuils, dont 500 000 tués par an par les chasseurs. 150 000 cerfs, dont 50 000 chassés par an. Un million de sangliers, en augmentation notamment suite aux lâchers et aux agrainages, dont 500 000 tués par an. Enfin 100 000 chamois et 30 000 isards, ayant respectivement triplé et doublé en 25 ans malgré les 10% chassés par an.

10 500 bouquetins peuplent les Alpes.

460 bouquetins ibériques ont été réintroduits dans les Pyrénées. La chasse de ces animaux est interdite, pour combien de temps...

Et vous, quel est votre avis sur cette question .


Séphora PInabel 6 janvier 2026
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