La neige fond vraiment très vite ce qui me permet de découvrir à quoi vont ressembler les prochains kilomètres. J'ai l'impression de me retrouver en Russie en 2019. En traversant une agglomération, la route est bitumée. Dès le panneau sortie d'agglomération, un panneau vous indique que vous allez rouler sur une piste. Aussitôt vu, aussitôt expérimenté. Je roule dans une boue épaisse presque aussi glissante que le verglas. Le véhicule est en limite de traction. A tel point que je dois changer plusieurs fois de destination. Il m'est impossible de prendre des montées indiquées avec une pente de 6 %. Une raison supplémentaire de me marrer. Chaque nouvelle destination ressemble à un champ d'expérience. J'aime vraiment ma nouvelle vie.
C'est ainsi que j'arrive au rocher de Nicgale. Une particularité géologique, c'est le plus gros caillou de Lettonie. Il est impossible de connaître sa superficie en profondeur. Un caillou-iceberg. Jusqu'au XVIIIème siècle les locaux avaient l'habitude de poser tables et chaises au sommets pour festoyer. Il mesure 10 m de long sur 10 de large et 3.5 de hauteur. Grandiose le rocher. Nous faisons une belle balade, mais il est impossible de se promener en sous-bois. C'est bien trop marécageux.
Prochain arrêt l'Eglise Luthérienne Baznica, un lieu insolite. Je ne vais pas encore vous parler de la route. Le véhicule est dans un état lamentable. Il a besoin d'un nettoyage mais ce serait vraiment de l'énergie et de l'argent gâché. Aucune honte à avoir, toutes les voitures rivalisent de crasse. L'avantage de la situation c'est que le beau temps me permet de laisser Tiago dehors dès que je suis à l'arrêt. La porte du véhicule est ouverte. Je profite de la douceur printanière. Le chauffage n'est plus utile. Me voici de nouveau sur le parking d'un cimetière. Ici au lieu de poser de magnifiques stèles granitiques, ils ont misé sur un jardin botanique pour délimiter chaque tombe. Encore un lieu empli d'une grande quiétude. L'église dont il ne restait que les murs est en pleine restauration. La simplicité qu'il en résulte, organisation de l'espace par le vide et pierre apparente me conforte dans mon chemin de sérénité. Ici aussi , l'aire de pique-nique et les toilettes sont vraiment de toute beauté. La petite maison de poupée permet en fait la nuitée pour 8 personnes. La rivière Daugava est connue comme haut lieu de baignade et de pêche. Un puits dont j'aurai enfin pu me servir. Trop tard j'ai fait le plein d'eau hier.
Il m'est vraiment très difficile de choisir mes destinations. J'ai dépassé Riga. me voilà au Parc national de Kemeri C'est en fait un ancien sanatorium. Le complexe de traitement à la boue est récent. Il date de début 20ème siècle. Il n'a pourtant jamais servi. Il sera peut-être transformé un jour en hôtel de luxe. Il est appelé le navire blanc. Dans le Parc se trouve une belle église catholique en bois de 1899. J'ai dormi devant l'îlot de l'amour avec sa rotonde. Un clin d'œil sans doute. Puisque Stéphane m'a annoncé ce matin qu'il mettait fin à notre relation. Un coup dur dès le réveil. Nous avons passé 7 années fantastiques. L'histoire s'arrête ainsi sur quelques lignes postées à travers les ondes. La pilule est amère à avaler. Il me faudra du temps pour digérer la nouvelle. Bref passons au château d'eau, il culmine à 42 mètres de haut. Je l'aurais bien visité celui-là. La balade commence sur pilotis dans les marais d'aulnes noirs pour rejoindre la maison forestière. Je poursuis jusqu'à la tour d'observation du lac Sloka où il est temps de faire demi-tour. J'ai rendez-vous chez le dentiste à Riga et je visite la capitale à l'issue.
J'ai bien sûr la carte vitale européenne sur moi. Pas de prise en charge, il faut faire l'avance des frais et envoyer les justificatifs à votre caisse d'assurance maladie. Je règle 107 € pour une consultation, 2 radios, un test de réaction pour les dents. D'après eux, il me faut 3 séances pour retirer les deux vieux amalgames et les remplacer. Je n'ai pas le temps et je sens un peu l'arnaque. Je repars. J'ai pris rendez-vous à Tallinn. Ils m'ont assuré qu'une seule visite suffirait.
Petit tour dans Riga, la capitale Lettone. Pour l'apprécier il faut vraiment rentrer au cœur de la vieille ville. Là où le flot ininterrompu des voitures se fait le moins entendre. Le pays est peu peuplé, mais ils ont décidé d'envahir leur capitale. Elle est jolie cette ville mais je ne suis pas d'humeur à l'apprécier. Tiago se traine aussi. Comme moi il préfère la nature au tumulte ambiant et à la pollution. J'ai trop besoin d'évacuer mes émotions du jour pour errer dans les rues.
Direction l'embouchure de la Gauja, une réserve naturelle où l'on peut parfois rencontrer des phoques. Il est un peu tôt dans la saison pour qu'ils viennent bronzer. Face au large ma contemplation change de sens. Je suis spectatrice de la fin de la banquise sur cette étendue sableuse. Les corbeaux se régalent des moules qui parsèment la plage. Tiago retrouve le jeu des vagues. Il prend son premier bain en s'essayant au surf sur la glace ballottante. Maintes lumières courent sur cet entrelacs blanchâtre. Mes pas me portent vers d'autres horizons. Je maintiens le cap et j'avance pour ne pas tomber.
Je remonte la rivière Gauva qui me permet de traverser le parc du même nom. Je passe la nuit non loin du Chateau de Turaida. Je suis à l'arrivée d'une télécabine. Ici se trouve un manoir et un ensemble de constructions fin 19ème siècle mais également une station de ski qui culmine à 94 m d'altitude. J'ai vu une piste rouge, courte mais belle et bien utilisée en tant que telle. Nous faisons une belle boucle le long de la rivière. J'assiste à la débâcle de la rivière. Le fracas des blocs de glace est parfois assourdissant. Tiago est comme fou. Il voudrait tous les attraper. Les forêts sont aménagées avec de belles marches de bois. Sans elles et avec cette boue, je ne me risquerai pas à gravir les mini sommets qui m'entourent. Nous passons devant la plus grande grotte des Pays Baltes. Une superficie de 10 m par 10, c'est vous dire. Dans ce secteur, le grès rose prédomine. La pierre est très belle. Elle a été maintes fois gravée, creusée et regravée. Tant et tant de fois que le grès a perdu 50 cm d'épaisseur. Les glyphes sont dorénavant interdites pour préserver ce lieu.
Je remonte toujours la rivière vers le Rocher de Zvartes. Je commence à trouver des spots au milieu des bois comme j'aime. Aucun bruit la nuit, aucune pollution lumineuse venant déprécier la Voie lactée. De nouveau, la randonnée se fait le long de la rivière. Les petites falaises de grès roses s'enchaînent au gré des méandres. La marche est acrobatique, de grands secteurs sont encore verglacés. J'avoue parfois je suis mieux sur mon derrière pour passer quelques endroits scabreux. Et alors ? Le principal c'est d'aller toujours plus loin. Je ne peux m'empêcher d'éclater de rire. Je croise un homme quelques secondes après. Il découvre mon plus charmant sourire qui ne lui était pas destiné. C'est l'instant qui en a décidé ainsi.
Je suis en plein milieu des bois. C'est le premier lieu réellement au milieu de la nature depuis mon départ de France. La piste a bien séché ici. Il fait 16 degrés aujourd'hui. Les routes s'améliorent très vite. Naudas Akmens, un nouveau rocher. Il est nommé la Pierre monétaire de la colline, ou pierre à argent de Palkani. La partie supérieure ne mesure que 25 m², en profondeur nul ne le sait. La source Usini est malheureusement tarie. Il reste un trou. Paraît-il qu'au départ des Suédois, qui ont régné un certain temps sur le territoire, un trésor tiré par 6 bœufs a été enterré là. Je n'ai pas avec moi de détecteur à métaux. En guise de gros caillou, je n'ai trouvé qu'une borne gravée du 18ème siècle. Le rocher est entouré d'un petit marécage inaccessible pour le moment. Je reste éberluée devant une terrasse couverte avec vue sur le lac et le ponton de mise à l'eau. Je n'ose imaginer l'argent qu'il faudrait sortir en France pour aménager chez soi cet espace. Dans ces pays froids, je vois ces aires de pique-nique au fil de la route. Je m'imagine bien m'installer ici, dans les bois avec un lac pour nager tout mon saoul.
C'est terminé pour la Lettonie. Je tourne une page de ma vie en traversant la frontière. Chanson de circonstance...










































