Je voulais passer du temps avec mon fils, les évènements en décident autrement. Nous passons juste la soirée ensemble. Une visite de Vienne à la nuit tombée et me voilà repartie.
Je remonte rapidement en Normandie, terre de ma naissance, lieu de vie de mes parents. Ils vivaient encore chez eux, bien que pas loin d'être centenaires. Ils ont intégré une résidence accueillante et bienveillante. Ils s'intègrent gentiment à leur nouvelle ville. Je découvre pour la première fois la ville de Bayeux, je n'en connaissais que la tapisserie de la Reine Mathilde.
Ma fille me rejoint, je lui fais découvrir les lieux ayant accueilli mes premières années. : Saint Pierre sur Dives, le lycée agricole du Robillard et le centre équestre, Beuvron en Auge. Entre deux, je participe à des milongas à Caen et Le Havre. Le tango me permet de découvrir à chaque fois des gens chaleureux. J'ai vraiment bien choisi cette activité, avec ses côtés apprentissage, divertissement mais aussi joie et réconfort.
Nous profitons d'un moment plage avec Leïla. J'ai la joie de pouvoir visiter avec un bénévole passionné le Marie Fernand, un cotre-pilote ou pilotine construit en 1894 au Havre et rénové dans les règles de l'art par l'association L'Hirondelle de la Manche ( nom donné à ces bateaux en raison de leur caractère véloce et élégant), il sort toujours en mer. C'est un voilier de 15,30 m de long avec une voilure de 225 m². Il servait à transporter les pilotes maritimes vers les grands navires entrant dans la Baie de Seine jusqu'en 1914. Dorénavant il participe à différentes manifestations et embarquent un grand nombre de personnes au fil des ans.
Retour à Bayeux, la santé de mes parents périclite, ils ne mangent quasiment plus, mon père perd son humour légendaire. J'ai de qui tenir, à toujours tourner à la dérision les situations pour dédramatiser. Ils sont pourtant bien dans cette résidence. Malheureusement le weekend arrive et ils se retrouvent tous les deux à l'hôpital. L'ambiance est morose et le secteur ne m'aide pas. Le Calvados ne fait pas partie de mes départements favoris. Ici règne les souvenirs de guerre, le débarquement, les privations. Nul endroit pour me ressourcer, nul lieu calme pour trouver facilement le sommeil. Rien qui ne m'incite à garder ma sérénité. Ma famille, mes amis sont présents. Cependant il n'y a que seule que j'arrive à réfléchir à cette situation, à anticiper ce qui est inéluctable. Je repars danse, rien de mieux pour se vider la tête.
Je repars au Havre. J'ai besoin de détente. J'en profite pour visiter le plus grand voilier du monde pour un Festival ArtExplora. J'ai droit à mon moment de gloire en étant interviewée par FR3. J'ai accès également à l'inauguration qui me permet d'écouter les bruits de la mer autour du globe, ces sons me font un bien fou.
Je rentre, mais il n'y a plus que maman. Papa s'est éteint. Mes parents auront juste eu le temps de fêter leurs 72 ans de mariage. Je profite d'une dernière milonga à Caen. Je danse avec Carlos Paredes, champion du monde en 2006. J'ai droit au véritable Abrazo, cette étreinte spécifique au tango argentin qui m'apporte chaleur et réconfort. Maman trouve ses marques dans une nouvelle résidence. Je me couche à ses côtés un long moment en la serrant dans mes bras. C'est la première fois de ma vie que je m'autorise ce moment de tendresse avec elle. Je fuis, il n'y a pas d'autre mot. J'ai besoin d'être auprès de mon fils. Je roule très vite sur Vienne. Je suis vidée, ma vie tourne en boucle.
Quand les Anges cessent de vivre
La terre les prend dans ses bras
Là, il n'y aura plus de douleur
Seulement le silence...














































































































