Pour commencer le nord de la Finlande, le nouveau tube de Mylène Farmer arrive à point nommé. Il n'y a pas de hasard, encore une chanson qui arrive pile au bon moment pour m'accompagner, les paroles sont vraiment de circonstance.
Aujourd'hui vendredi 29 mai 2026, j'arrive en Laponie et je passe la ligne du Cercle Arctique. Dire qu'il y a un an, je ne savais même pas que je viendrais dans ce pays. En faisant ma petite vidéo devant le panneau, j'ai des trémolos dans la voix, une émotion intense me surprend. Quelle image sérieuse de moi, je donne sur ce cliché, pourtant ma vie croule de fous rire. En fait, c'était tellement simple d'arriver jusque là ; j'ai osé et je l'ai fait, il n'y a pas à chercher plus loin. Aucun mystère dans ce voyage, aucune assistance d'aucune sorte, je vogue seule au gré de mes envies, portée par des rêves de découvertes et de sensations. Je revendique mon esprit libre qui m'a permis d'atteindre ce degré d'autonomie dans de multiples domaines et les compétences s'accroissent régulièrement.
J'arrive au premier Parc Lapon, le Parc de Salla. je prends encore un peu d'altitude, pas loin de 500 m aujourd'hui. A perte de vue, je vois poindre des petits sommets. Les débuts en Laponie sont prometteurs. J'arrive à prendre en photo ses rennes, ils sont timides quand ils nous voient comme piéton, alors qu'en voiture on peut presque s'arrêter à leur hauteur sans qu'ils ne bronchent. Curieux animal, ni beau, ni laid avec son regard bizarre qui nous scrute presque indécemment. je joue à la sirène sur un ponton en bord de lac, le beau temps est revenu, je me gorge de chaleur. Le lieu est réputé pour les aurores boréales, ce n'est plus de saison, pour moi ce sera l'observation du soleil de minuit
Ce soir c'est karaoké au Pub Lyytin de Savukoski. En attendant, je vais faire un tour au magasin de produits locaux. J'aimerais manger du renne et du saumon sauvage. Pas de chance le magasin fermait à 18 h 00. Par contre, belle surprise au Pub, une pizza succulente à la viande de renne séchée m'est servie accompagnée d'une très bonne bière ambrée. Il n'y a pas de petit plaisir. Je passe de plus une belle soirée en interprétant 7 chansons. J'ai des vidéos mal éclairées, un excellent souvenir pourtant.
Tôt le matin, je repars arpenter le sentier Kivinturi pour découvrir un nouveau paysage. La Laponie débute sous de fabuleux auspices. La beauté sauvage surprend par sa diversité : forêts, torrents, roches et rocailles ponctuent l'environnement. Je traverse des ravins façonnés par l'ère glaciaire, puis m'élève pour découvrir de merveilleux paysages lointains. Il n'y a pas que les routes qui font penser aux montagnes russes, les différences de hauteur se traversent avec de beaux escaliers. Tiago et moi profitons d'un banc sur un poste panoramique pour faire la pose photos. A l'orée d'une clairière, je profite de la vision de deux jolies rennes. Je les apprécie mieux maintenant que j'ai goûté à leur chair succulente.
Avant d'arriver au Parc Sampion, je suis accueillie par un Tétras fuligineux. Cet oiseau et les multiples sous-espèces qui le composent sont vraiment nombreux. Il ne se passe pas une journée sans que j'en aperçoive un. En fin de matinée, je fais une petite balade sur une langue de terre qui plonge dans le lac. C'est un secteur géré par une association. Leur kota est couvert de longues tiges de bois entre lesquelles poussent des plantes formant un toit végétalisé. Je me préserve pour ce soir. D'abord à cause de la pluie ; ensuite pour soulager mes pieds souffrant quelque peu de l'humidité dans les chaussures ; enfin parce que ce soir je vous fais découvrir le soleil de minuit au sommet du Mont Terava-Nattanen qui culmine à 544 m. Le sentier est très rocailleux dès le départ, je marche sur de grosses pierres humides couvertes de mousses et de lichens. Je suis entourée de divers types de granits dont le fameux granit rose de Nattaset, de gneiss, de schistes et de quartzites. Je découvre les "Tors", ces structures particulières formant des murs de plusieurs mètres de haut. Dame Tétras Lyre joue à cache-cache derrière un conifère avant de poursuivre sa route, cette coquine était posée à moins de 5 m. Je suis au milieu d'une chaîne de basses montagnes, parsemée de forêts d'épinettes, d'étangs et de lacs. Le spectacle est magnifique, le soleil se dévoile au fil du temps, les couleurs se modifient au gré de mon chemin. Je commence à gravir le sommet qui se révèle très accidenté, cela est dû à ce fameux granit qui subit très peu l'érosion. La montée est quelque peu technique, j'ai lâché Tiago. Garder un chien en laisse pendant une ascension telle que celle-ci se révèle extrêmement dangereux. Mon toutou, trop heureux, grimpe comme un chamois, tout en rebroussant chemin par moment pour voir si tout va bien. Le spectacle est vraiment splendide, je ne m'attendais pas à ce paysage accidenté. Dans la descente, j'éprouve des difficultés à trouver mon chemin, les cairns sont peu nombreux ou ont laissé la place à des branches d'arbres qui sont bien souvent cassées ou dissimulées sous les cailloux. C'est mon chien qui me montre la route, rebrousse chemin pour venir me chercher et me réconforte en nichant sa tête dans ma main. Je ne suis pourtant pas en grande difficulté, il a cependant compris que j'avais besoin d'un éclaireur. Vivre un soleil de minuit représente une expérience incomparable. je termine la randonnée à 1 h 35 du matin, j'ai pourtant l'impression que c'est l'après midi.
Je suis arrivée sur le territoire des Samis. Je découvrirai bientôt ce peuple et leur mode de vie.
Me voici au parc Urho, pour découvrir le site de Kekkosen. Je vais rester plusieurs jours dans ce parc en utilisant différents parkings. Les sentiers de randonnée y sont nombreux, surtout c'est le dernier parc finlandais où je peux espérer rencontrer une nouvelle fois des ours. Les sommets sont peu élevés en Laponie, le plus haut culmine à 744 m. Cet ensemble de collines permet de passer d'un univers forestier au domaine de la roche en quelques kilomètres. D'un univers champêtre, j'arrive sans fatigue dans un secteur aride. D'ailleurs depuis quelques jours, j'ai le nez et la gorge secs. Il en est de même pour Tiago, sa truffe se craquèle, je la lui masse avec son baume tous les jours. La Laponie reste le seul pays avec l'environnement naturel le plus propre au monde. La qualité de l'air est la plus élevée, grâce à la faible densité de population et aux vastes étendues forestières. Je comprends mieux pourquoi un sentiment de calme et de sérénité ne me quitte plus. J'ai trouvé le lieu qui me permet de me connecter le plus profondément à la nature ; le cadeau de la Finlande est infini, invisible et abondant, il est juste là dans l'air qui m'entoure faisant vibrer toutes les ressources naturelles. Les forêts couvrent plus de 75 % du territoire. La mousse de barbe que j'ai déjà photographiée est la plus grande preuve de ce fait, elle ne pousse pas si l'air n'est pas pur. Il existe plus de 20 types de ce lichen dans ce pays. L'air étant exempt de pollution atmosphérique, la vision porte jusqu'à 70 kms par temps clair, je vous laisse imaginer le spectacle qui s'ouvre à mes yeux. Des vues enrichissantes en tous points, mes sens sont exacerbés en tout lieu. En finnois, ils ont un mot spécifique pour décrire le fait de prendre ce bol d'air journalier, il signifie tout simplement "heureux". Heureuse vous pouvez croire à quel point je le suis. Mon cœur se gonfle de bonheur de connaître ces instants précieux. Vous comprendrez pourquoi je ne suis pas pressée de redescendre. Le point du pays où se trouve l'air le plus pur est situé à Pallastunturi, il est prévu sur mon chemin, vous n'en doutez pas. Imaginez-vous ? Un humain respire 11.000 litres d'air pur par jour et je vais rester pas loin de deux mois dans ce large secteur. Je vous laisse faire le calcul du volume dont mes poumons vont profiter. En terminant la randonnée, un élan et un écureuil me lancent un regard de connivence, ils ont la belle vie ici.
Sur le parking de Kirloselkä, je suis sur le territoire d'un joli renne qui broute à moins de 30 m du véhicule et donc de Tiago. Une excellente expérience pour mon chien qui apprend à se tenir tranquillement près d'un animal sauvage. J'en profite pour le faire travailler un maximum dés que le renne s'approche, quelques friandises et mon toutou comprend que c'est plus agréable de regarder vers moi que de frémir devant le cervidé. Nous partons pour une randonnée de 25 kms, à 7 h du matin il fait 19 et la température va atteindre les 29 degrés. Les paysages que je découvre aujourd'hui vont me permettre de découvrir les strates de végétation des Fjelds. En Finlande, il n'y a pas de Toundra, bien que de nombreuses espèces d'animaux et de végétaux y sont assimilées. La Finlande se trouve aux mêmes latitudes que l'Alaska ou la Sibérie et un quart du pays se trouve au nord du cercle polaire arctique. L'érosion et la fonte des glaces ont laissé de nombreuses couches de graviers et de sables qui se dressent sous forme d'eskers autour de moi. Le paysage se révèle doux et subtil avec ses innombrables dénivelés. Les forêts dominées par les conifères sont naturelles. Au bas de ces collines, les arbres dominants sont : le pin sylvestre, l'épinette de Norvège et le bouleau. Je commence à m'élever, ces arbres cèdent la place aux arbrisseaux : le tremble, l'aulne et le sorbier. La saison de croissance ne couvre que 2 mois de l'année, les arbustes semblent s'enrouler sur eux-mêmes au lieu de s'élever vers le ciel. Sur une faible superficie, des fourrés d’épicéas peuvent alterner avec des pinèdes ensoleillées, des dépressions marécageuses et des affleurements rocheux dégagés. Cette zone est nommée Oroarctique*, la végétation se présentant en taches multicolores. Le sol des sommets est stérile. Pour vous aider à visualiser cette strate végétale, gardez à l'esprit que dans nos Alpes Françaises, cette végétation se décline entre 2.000 et 4.000 m d'altitude. Alors que la frontière végétale Lapone s'étage entre 50 et 200 m d'altitude. Le contraste est saisissant. A mi-pente, il n'y a pas que les canneberges, myrtilles, bruyères et plantes aromatiques qui m'entourent ; j'aperçois de nombreux Pluviers dorés. Ils ne peuvent pas passer inaperçus, ils s'égosillent à qui mieux mieux pour annoncer mon arrivée.
J'ai oublié le chapeau et les lunettes de soleil, j'attrape une petite insolation. Pendant mes heures de télétravail, je garde les pieds dans une bassine, une serviette humide et glacée autour du cou.
Je me repose pour la matinée, avant de repartir vers les sommets. La température est redescendue à 22 degrés, le vent est frais.
*La zone oroarctique se définit comme l'espace alpin finlandais par son arborescence végétale et ses strates minérales
Pour terminer le tour de ce parc grandiose, je roule sur 40 kms de pistes poussiéreuses vers le coin le plus reculé, Aittajärvi. Malheureusement je passe deux jours sous l'orage. Par moment, il tombe vraiment des cordes. Les randonnées sont pourtant magnifiques le long de la rivière. Je découvre les moustiques finlandais, ils me trouvent à leur goût et paraissent insatiables.
Avant d'arriver à Inari, le Centre Finlandais de la culture Samis, je trouve la source Lahde sur la route, c'est la première en Finlande. Quel bonheur de boire cette eau riche en minéraux. L'eau est connue pour sa pureté exceptionnelle, issue de sources vierges, naturellement filtrées au fil du temps. Dans Inari, je dois laisser passer un troupeau entier de rennes, ils sont bien éduqués et ne sortent pas des passages piétons. Je commence ma journée par le Musée Samis, l'entrée est chère, le billet me coûte 18 euros. C'est ma première dépense culturelle depuis que j'ai quitté la France, une fois n'est pas coutume. Vous pourrez voir sur les cartes la répartition de ce peuple au fil du temps, leur territoire s'est réduit comme peau de chagrin entre 1600 et 2025. Présents sur la moitié de la Scandinavie et l'extrême nord-ouest de la Russie, leur environnement ne couvre plus que le grand nord de ces surfaces. Ce peuple, dernier éleveur de rennes, perpétue tant bien que mal ses traditions séculaires. Ce musée regroupe les objets usuels de la vie quotidienne, l'habitat, les costumes, la faune et la flore. Je découvre ainsi de petites embarcations qui sont en fait des traineaux pour la pêche. A défaut de voir un aigle doré en plein vol ou un glouton avec ses petits en pleine nature, la taxidermie me permet de les observer de près. L'aigle dispose d'une immense envergure et d'une beauté farouche. Je craque pour les petits gloutons, c'est un bien joli animal qui porte très mal son nom. Les costumes sont magnifiques, j'admire surtout les tissus en feutre de couleurs bleu marine et rouge, ils sont du plus bel effet. Il existe différents habitats, utilisés au gré des saisons : le tipi, la cabane en perches de bois et mousses et la maison en bois. Les maisons sont composées d'un sas d'entrée, une pièce principale et 2 chambres, chaque pièce disposant de sa cheminée. L'ameublement et les ustensiles sont en bois, je tombe sous le charme de ce mobilier rustique. Il ne m'en faut pas plus pour vivre confortablement.
Nomade par vocation, ce peuple n'a eu d'autre choix que de s'installer là où les différents gouvernements le leur permettaient. Ils ont bien failli disparaître avec leur territoire. Seuls 10 % des Samis ont gardé leur vocation de gardien de troupeaux. Au départ, les Samis étaient organisés en clan au sein d'un village, le Siida. Au solstice d'hiver, les familles se réunissaient pour traiter des questions touchant la communauté. Depuis 1970, leur gouvernement est calqué sur l'administration finlandaise. Le Same, organe politique suprême, s'occupe de l'autonomie culturelle ; cette communauté étant basée sur l'idée d'une seule nation bien que ce peuple vive dans quatre pays limitrophes.
Les Samis reconnaissent 8 saisons, je vous laisse les découvrir :
https://www.volvocars-news.ch/fr/scandic-life-fr/au-rythme-des-rennes-les-huit-saisons-des-samis/
Je profite de l'après-midi pour faire la boucle de 20 kms qui rejoint la mer d'Inari. Moi la première, je n'appelle plus lac ces étendues d'eau à perte de vue, comportant tous de nombreuses îles. J'arrive ainsi à l'église de Pielpajärvi construite en 1763. Elle est en pleine restauration pour 4 ans, bientôt les murs blancs se couvriront des peintures originelles. En arrivant au Kota, je tombe d'admiration devant ce nouveau paradis qui s'ouvre à mes yeux. Je regrette de ne pas avoir pris le maillot de bain et de manquer de temps (je dois travailler ce soir), mon premier plongeon finlandais aurait dû avoir lieu ici, la température a grimpé jusqu'à 30 degrés. Tiago ne se gène pas, il prend pas moins de 3 bains pendant le trajet. L'air embaume du parfum des rhododendrons. C'est vraiment le paradis !
Je dégote un spot calme, isolé, splendide aux portes d'Inari. Demain je grimpe à Otsamo. Je reste 3 jours et 3 nuits en ce lieu idéal pour le repos, le télétravail et les randonnées. Les clairières sont parsemées d'Astragales blanches et bleues et de Cornouiller de Suède, l'air embaume de leur suaves odeurs. Je traverse des torrents furieux sur de belles passerelles himalayennes avant de grimper les petits sommets. Il fait encore 28 degrés, les moustiques m'adorent, pourtant je me passerais bien de ces compagnons de route. Les blocs-rennes ne sont parfois que de simples bouts de bâches sur des fils, ailleurs ce sont des perches en bois montées sur un support horizontal qui remplissent cet office.
Je contourne le Parc Geavu pour me rendre au début du sentier du canyon Kévo en passant par la Source Sulaoja. Je découvre l'Andromède à feuilles de Polium, où que je pose mon regard, elle m'entoure. La température a chuté de 15 degrés, j'ai revêtu ma cape anti-pluie car un petit crachin s'obstine à me suivre sans arriver à m'attrister. Un kota ouvert me permet de déjeuner à l'abri devant un lac. Tiago en profite pour faire ses ablutions, il continue à vouloir attraper la moindre vaguelette, il fait bien rire 3 randonneurs que nous croisons. Je plonge mes mains, l'eau est tiède.
Le canyon Kévo. La réserve naturelle protège le canyon et la nature fragile des montagnes qui l'entourent. Le cœur de la réserve s'ouvre sur une gorge encaissée de plus de 40 kms de long et atteint parfois 80 m de profondeur. La rivière Kevojoki est alimentée par une magnifique cascade. Le reste de la réserve est constitué de hauts plateaux montagneux en pentes douces, traversés de ravins. Culminant à 641 m d'altitude, Guivi est le plus haut sommet de la région. L'accès au canyon est autorisé seulement du 15 juin au 15 octobre sans s'aventurer en dehors des pistes balisées. Les importants dénivelés et les traversées de cours d'eau à gué rendent cette randonnée exigeante.
Je viens de rouler 100 kms le long d'une rivière parsemée de plages roses, d'un plus bel effet, avec en arrière plan les montagnes Norvégiennes enneigées. Je me gare à Utsjoki pour un nouveau sentier. Je continue à avoir un sommeil morcelé, je fais des siestes dès que possible. Nous faisons un aller-retour sur les plateaux qui nous permettent d'apercevoir de nouveau les sommets enneigés norvégiens. Je pensais voir une belle cascade, elle croule encore sous la neige. Les Labbes à longue queue nous interpellent pour faire connaissance. Ils ne quittent pas leurs nids et pourtant nous sommes à moins de 15 mètres, quels effrontés.
Quel plaisir de vous partager cette journée formidable qui s'est déployée devant moi. Non pas pour me vanter d'un quelconque exploit, ce n'est pas mon style ; plutôt pour décrire la femme qui vit et vibre en moi.
J'ai donc emprunté le sentier du canyon Kévo qui s'ouvrait en ce jour du 15 juin. La météo était mauvaise, 4 degrés et des giboulées de mars ont accompagné mes pas ; néanmoins quittant le secteur demain, je n'avais d'autre choix que de le découvrir sous la pluie. La traversée du parc dans son intégralité fait 62,5 kms. J'en ai parcouru 25 kms au sud-ouest, il y a 2 jours. Ce matin, si je veux aller jusqu'au canyon, je sais devoir marcher 50 kms aller-retour. Je ne me vois pas faire tout ce chemin, mon souhait étant d'aller le plus loin possible. Avec Tiago, on décolle à 6 h 45. Le départ est raide, on commence par un long escalier en bois et on continue l'ascension sur 5 kms. Bientôt le paysage s'ouvre sur un premier lac avec des falaises cachées par la végétation. Le camaïeu de vert qui m'entoure ne cesse de me surprendre. Le vert sombre du conifère paraît presque noir, l'envers de la feuille du bouleau à l'exact opposé, est vert pale. Les petites feuilles des arbrisseaux sont d'un velouté à nul autre pareil. Je ne me lasse pas de ce paysage où le feuillu se développe tous les jours et tel un tour de magie offre à ma vue de nouvelles perspectives. Les oiseaux sont nombreux malgré la pluie à m'accompagner de leurs chants. Nombre d'entre eux nichent au sol et avertissent leurs congénères de mon passage. Au km 8 m'attend une belle surprise, il faut traverser la rivière à gué en s'aidant d'une courroie montée sur un câble. J'hésite à retirer mes chaussures, entre les rives boueuses et les pierres glissantes, je préfère les garder au pied. Je détache Tiago pour qu'il puisse traverser tranquillement. Je ne fais pas 10 mètres que déjà l'eau m'arrive à mi-cuisse. La traversée se passe sans encombre, sans retirer mes chaussures je les vide le mieux possible de l'eau accumulée. Nous continuons notre randonnée en grimpant dans la roche glissante, de nombreux escaliers jalonnent le parcours pour remonter de petites cascades ; les dénivelés se succèdent au fil des heures. Nous rencontrons un randonneur, il est 10 h du matin et il a déjà traversé 45 kms du sentier en partant hier soir. Il me dit que c'est une belle journée pour découvrir le parc, je veux bien le croire. Nous voici sur un plateau qui surplombe le début du canyon d'où la brume s'élève. Les giboulées redoublent d'audace et le vent se met de la partie. Il est 12h03, nous arrivons au mokki (refuge couvert fermé et chauffé), c'est l'heure de faire un bon feu dans le poêle à bois prévu à cet effet et de déjeuner. Faire du feu s'avère impossible, le toit fuit en plein sur le poêle. Je déjeune rapidement pour ne pas me refroidir, j'ai marché 19 kms et je sais le canyon tout proche. Malheureusement en sortant, je vois la brume qui remplit l'espace, il ne me servirait à rien d'aller plus loin. C'est donc l'heure du retour, le paysage se découvre autrement. J'accélère le pas pour me réchauffer, les sentiers sont pleins d'eau, les chaussures tout autant. Il faut de nouveau traverser la rivière, je m'y prends mal et je suis cette fois-ci trempée jusqu'au slip. Qu'importe je rigole de ma maladresse. De toute façon, quitte à être mouillée, il ne faut pas faire les choses à moitié. Je croise de nouveau le randonneur. Il me demande si j'ai vu d'autres personnes, ce n'est pas le cas. Mais combien de kms fait-il dans une journée, cet homme ? Je commence à me fatiguer un peu et surtout je me refroidis, le parking est bientôt là, la randonnée se termine. Je dorlote mon chien et je lui sers une gamelle bien pleine, il l'a bien mérité. Je passe un sacré moment à retirer mes affaires trempées et à les mettre à sécher, pendant ce temps l'habitacle chauffe. Aujourd'hui comble du luxe, je m'offre le chauffage et une douche chaude. Je donnerais cher pour un jacuzzi et un massage. J'ai donc marché 38,2 kms en exactement 9 heures. Je n'ai jamais fait ça, mes jambes suivaient encore mais le dos va faire parler de lui quelque temps.
Je ne raconte pas tout cela avec moults détails pour me faire passer pour Wonder Woman. C'est ma façon d'expliquer mon ressenti quotidien. Vivre au plus proche de la nature journellement a exacerbé mes 5 sens. La météo n'entache pas mes journées ; la pluie est vitale donc je l'accueille pour tous les bienfaits qu'elle apporte. J'ai peu de photos, je ne verrai pas le canyon mais qu'importe, j'ai profité de chaque moment différemment. Je suis fourbue mais je vis, je me sens pleinement récompensée des efforts pour passer des journées pareilles à celle-ci. Alors oui, je revendique d'être cet esprit libre qui avance, progresse, sort de sa zone de confort, ose toujours quelque chose de nouveau, juste pour le plaisir du bonheur parfait de l'instant présent. Ce qui soulève une question : qui voudra m'accompagner au fil du temps ?
En route pour le Cap Nord, j'arrive en Norvège. Premier point positif, une aire de camping-car entièrement gratuite avec eau et électricité. J'ai hâte d'arriver à la station qui me délivrera du GPL, mes 2 bouteilles sont vides depuis ce matin. Il en résulte que je ne peux plus me servir du frigo ni du réchaud, j'ai toujours un coup d'avance avec un réchaud de camping qui m'attend dans la soute et ses deux recharges..
Je me gare sur un emplacement nature en bord de mer de Barents et je découvre mon premier Fjord. Tiago se fait plaisir avec une source d'eau, me fait la lecture des panneaux d'informations et trouve une patte entière de renne plutôt fraiche.
Je me rapproche doucement du Cap Nord, symboliquement je voulais y admirer le soleil de minuit pour le Solstice d'été, j'aurai 48 heures d'avance.
Définition:
Un fjord est une vallée érodée par un glacier avançant de la montagne à la mer, qui a été envahie par la mer depuis la retraite de la glace. L'aspect typique d'un fjord est celui d'un bras de mer étroit, plus ou moins ramifié, aux côtés très escarpés, à la bathymétrie élevée et qui s'avance dans les terres sur plusieurs kilomètres et parfois jusqu'à plusieurs dizaines de kilomètres.
Un fjord se forme lorsque le glacier ayant formé une vallée glaciaire se retire de cette vallée dont le fond est situé sous le niveau de la mer, laissant le champ libre aux eaux maritimes d'avancer à l'intérieur des terres. L'embouchure d'un fjord peut être marquée par une plus faible profondeur d'eau que dans le reste du fjord. Ce seuil sous-marin donne la position de l'ancien front glaciaire. En effet, l'érosion glaciaire étant la plus faible au front glaciaire, la où la glace est la plus mince, c'est à cet endroit que le fond de la vallée a été le moins surcreusé. En revanche, la profondeur maximale du fjord est atteinte en amont de ce seuil, là où l'érosion glaciaire était maximale.
Les eaux d'un fjord sont généralement saumâtres car correspondant à un mélange entre de l'eau de mer salée et de l'eau douce provenant des rivières qui s'y jettent, cours d'eau souvent alimentés par la fonte des neiges, des glaciers ou encore issus de lacs. La salinité et la température de ces deux eaux étant très différentes, elles se mélangent peu, l'eau douce restant en surface car moins dense que l'eau salée.
Je passe la nuit sur le seul site isolé de la route. Les touristes sont nombreux à se rendre au Cap Nord. Tiago en profite pour prendre un bon bain de mer et faire de belles glissades sur les plaques rocheuses lisses.
Je passe une nuit terrible : j'ai attrapé une sinusite. Pourtant, le ciel lumineux du matin me motive à rejoindre le 71e parallèle nord, car je ne me rends pas au Cap Nord proprement dit, mais à la pointe la plus septentrionale de l'Europe. Tant qu'à aller vers le nord, je veux atteindre l'extrême.
Tiago est infernal. Les rennes déferlent de partout et nous suivent souvent, voire nous encerclent. Les oiseaux viennent aussi faire connaissance. Je découvre le labbe parasite, le bruant des neiges, le pluvier doré et le lagopède alpin.
Je marche pendant 9 kms en empruntant des sentiers raides et rocailleux. J'ai un peu de fièvre, mais j'avance. Le ciel est pur et je respire les embruns en affrontant une belle bise bien fraîche. La mer de Barents s'offre à moi à l'infini, sans aucun bateau pour troubler la quiétude de la houle.
Le paysage est magnifique ; cependant, ma résolution est prise. Remonter ne serait-ce que deux fjords prend un temps fou et ajoute un peu trop de kilomètres à mon goût. Et puis, les arbres me manquent déjà. Je descendrai donc plein sud pour découvrir la Suède, puis je bifurquerai vers Bergen, en Norvège, afin d'explorer les plus grands fjords du pays.
Il me reste à faire les 9 kms retour pour déjeuner et faire une bonne sieste.
La suite dans le prochain article.








































































































































































































































