J'ai presque envie de dire que mon arrivée au Portugal se fait en fanfare. Pas pour la présence des douaniers. Le poste frontière est désaffecté. La maison douanière garde de beaux restes par contre. J'ai traversé les deux pays par le plus beau parc portugais. Je marche entre montagnes, forêts, torrents et cascades. Les passerelles nombreuses nous incitent à aller toujours plus loin. Je vais découvrir un pays qui m'est totalement inconnu. Je suis comblée par ces premières images. Encore une fois, dans ces sites je suis à ma place. La juste place qui me permet de me sentir bien. Les senteurs sont nombreuses. Mes yeux papillonnent de plaisir tellement j'aime cet environnement.
Je passe la nuit au Santuaro Senhora Da Lapa. La randonnée jusqu'au Castro de Adossa me laissera un souvenir incomparable. En me retrouvant devant le sanctuaire, j'ai la sensation de prendre un coup dans le plexus solaire. Cette énergie palpable est incroyable. Il m'arrive souvent de percevoir l'énergie d'un lieu. Jamais avec cette force, cette présence et ce recueillement. Même Tiago le tout fou marche calmement. Les pierres nous imprègnent de leurs vibrations. WAOUH. Je suis entourée de chênes lièges centenaires. Les pauvres ont vu leur écorce lacérée. Les eucalyptus m'enivrent de leurs senteurs. J'en cueille quelques feuilles pour de futures tisanes. Au loin on croirait voir le Sacré Cœur. Il s'agit de la basilique Santa Luzia près de Braga. Même les cairns ont une allure mystique. Je respire à pleins poumons. Le retour est difficile, je boite. Je n'aurai râté cette randonnée pour rien au monde.
Je continue entre rochers de granits, chênes lièges, sanctuaires et cascades. Le Portugal est pour l'instant fortement urbanisé. Malheureusement je découvre un pays sale. C'est le sport national apparemment de jeter ses détritus en bord de route ou de faire de la décharge sauvage. Le diesel coûte ici 1.66 €/l. Ils sont taxés à 50/100. En France on est à 60/100. Il pleut et pas qu'un peu. Je suis dans le brouillard. Ce pays va se découvrir doucement, au gré des éclaircies.
Je continue de cheminer entre rocher, forêts et cascades à Castro de monte Padrao. Le temps oscille entre grisaille et soleil. Je prends ce qu'il vient. La pluie est un cadeau pour la nature.
Je passe la nuit dans la Sierra de Porto; La randonnée me fait traverser la vallée de la Tranquillité et la vallée de la Contemplation. Nous marchons sur du Quartz, avec ce temps humide, le terrain ressemble à une patinoire lustrée. Nous traversons le village de Couce qui compte 9 habitants mais au moins 10 fois plus de lampadaires et de chats. L'eau de la source est excellente. Sulureuse mais non gazeuse.
J'arrive à Porto. Comme en Espagne, il est très facile de rentrer dans les villes. Je trouve un parking en bord de mer. Ce qui permet à Tiago de se défouler dans les vagues. Près des grisards, les flamands roses et les petites spatules font bombances. Une fois n'est pas coutume, je pars en vélo sans lui pour visiter cette bourgade. Je me suis fais un circuit qui me prend presque 6 h et 35 km. Je me marre dans les ruelles qui parfois ne font pas plus d'un mètre de large. Mon guidon touche presque les murs. Sans vélo à assistance électrique, je n'aurai jamais pu faire ce circuit. Porto c'est un peu les montagnes Russes. Les pistes cyclables sont partagées avec les piétons et la foule est nombreuse. Avant de traverser le pont Dom Louis, je passe devant les fameuses caves Vila Nova de Gaia, du vin de Porto fais le tour du jardin de Morro. Il abrite le Monastère de Serra Do Pilar. De là la vue s'étend sur le quartier Ribeira et ses maisons colorés. Au loin je discerne l'église Torre dos Clérigos. Avant de l'atteindre je m'arrête aux Halles. Ce qui me permet de bénéficier d'un concert de piano sur un instrument laissé à libre disposition des passants. Je rejoins la Livrerio Lelo, la célèbre librairie. Malheureusement l'affluence ne me permet pas de voir l'intérieur. Je continue vers les deux églises Carmo et Carmélitas. La façade de l'une d'elle est entièrement recouverte d'une grande peinture faite de carreaux d'azulejos. Je descend ensuite vers le Jardin du Palais de Cristal pour arriver au musée du Tramway. Il est temps de rentrer. Il fait nuit. J'ai ma dose de ville, de bruit, de mauvais parfums, de pollution et de tabac. C'est une jolie ville mais qui ne m'a pas attirée plus que ça.
Torre le sommet du Portugal. J'ai traversé des zones magnifiques sous la pluie pendant 48 h pour l'atteindre. Ce pays m'attire et me révolte. Je traverse des forêts d'eucalyptus, monoculture plantée par l'homme pour son seul commerce. Cette plante a chassé tout un écosystème pour un vulgaire but lucratif. L'eucalyptus est aussi un arbre qui s'embrase comme une vulgaire allumette. Quand je vois ces kilomètres que j'arpente à pied ou en voiture consumés par des incendies dévastateurs, je me pose encore une fois la question du degré d'intelligence humaine. Partout à travers le monde on sait depuis des siècles que la monoculture est néfaste. Partout on continue. Qu'on ne me parle pas d'une agriculture ou d'une sylviculture qui se porte mal. Tout est fait pour mettre l'économie à terre. Quand ce ne sont pas des terres désolées que je découvre, ce sont des déchetteries à ciel ouvert. Le Portugal est une poubelle. Aussi bien en ville qu'au milieu des bois, les détritus sont partout. Vive les emballages recyclables que l'on voit dans tous les fossés. J'avais découvert des spots magnifiques en pleine nature. J'ai préféré passer mon chemin, j'étais entourée de déchets divers et variés qui devaient pulluler de vermines pas toujours avenantes pour l'hygiène. Ma traversée du Portugal se fait donc en accéléré. Je pense faire 50 km et je pousse toujours plus loin pour trouver un endroit convenable.
Revenons à Torre, le point culminant du Portugal à 1.993 m d'altitude dans la Serra de Estrela. Une tour de 7 m a été construite pour qu'il atteigne la hauteur symbolique de 2.000 m. Je suis arrivée sur mon spot vers midi, au parking du téléphérique abandonné qui permettait de monter au sommet sans fatigue. Je suis avant tout dans la seule station de ski du pays. De cette station, j'en ai vu des centaines de locatifs vides tous plus vilains les uns que les autres, quelques téléskis et un télésiège. Juste ce qu'il faut pour gâcher le paysage. J'étais seule dans un paysage qui s'est avéré grandiose quand la pluie s'est arrêtée et que le brouillard a disparu. Au milieu du grès et du schiste, les sources et les lacs sont nombreux. Dès que la pluie s'arrête je pars faire un 360 degrés pour voir l'ensemble des paysages. Je me crois encore une fois au pays des fées et farfadets tant l'énergie tellurique est prégnante. Les sentiers que j'arpente sont devenus cascades et torrents avec les pluies diluviennes des dernières 48 heures. Je me fais surprendre par la nuit et le brouillard. La dernière heure de marche est éprouvante. Je désescalade une falaise moussue, glissante et je traverse un ru ou l'eau m'imprègne la culotte. Il fait 6 degrés seulement avec du vent quand j'arrive au véhicule. Je commence à me sentir plutôt fraiche. Une douche et une tisane s'imposent. Après une belle nuit de sommeil, le lever de soleil me fait sauter du lit. Aujourd'hui nous irons à Torre. L'itinéraire nous fait traverser une tourbière avant de se retrouver sur une sente à flanc de falaise et remonter encore un chemin cascade pour arriver au sommet. J'ai bien choisi ma journée. Il fait un temps splendide. Le panorama est grandiose. Le retour se fait par la falaise au-dessus du barrage. Nous marchons un moment sur un lieu désolé par un récent incendie avant que Tiago se fasse un peu malmené par une vache avec son veau face à nous. J'étais en tee-shirt, le soleil se cache. A 15 h, il fait seulement 7 degrés.
Je suis sous une pluie diluvienne en me rapprochant de la capitale. Je monte au sommet de la Serra de Montejunto. Je me suis abritée au pied du Sanctuaire de Nossa. Le vent me chahute dans le véhicule. J'attends une accalmie pour pouvoir arpenter le sentier au milieu de ces vestiges. Là haut m'attendent des ermitages et une fabrique royale de glace. Les frères dominicains en 1741 ont profité de la géologie particulière du terrain et du climat froid et humide pour construire une série de bassins en pierre qu'ils remplissaient d'eau. La nuit, l'eau gelait, les plaques étaient brisées pour être entreposées dans des silos creusées. La glace se conservait jusqu'à l'été. Cette fabrique dura jusqu'en 1885.
Le mauvais temps me chasse. Adieu Sintra et Lisboa, adieu les sierras. Je mets une croix sur mon baptême en chute libre à Faro et aux trésors de ce littoral. Je passe ma dernière nuit dans ce pays. Je traverse le parc naturel de la vallée de Guadania pour arriver à un cul de sac d'où je pourrai descendre vers une belle chute d'eau, le Pulo de Lobo. Partout j'ai vu des panneaux "Attention lynx". Je suis sur son territoire. Malheureusement il le partage avec des milliers de moutons que j'ai rencontrés en 40 km de routes. A quoi bon faire des parcs, les interdire la nuit, tout cela pour favoriser de l'élevage. Le débat est ouvert. A part la bêtise et l'ignorance, ces lieux n'ont aucun intérêt pour la faune et la flore sauvage. J'ai passé 15 jours dans ce pays. J'ai vu un lapin, un renard et une loutre. Par contre les élevages sont innombrables. L'agriculture intensive omniprésente. L'urbanisation galopante. La densité d'habitants au km² est un quart plus importante qu'en Espagne. Je vous ai déjà parlé des déchetteries sauvages. Je ne reviendrai pas dessus. Ce pays reste un parcours inachevé dans mon voyage. Je n'y retournerai pas ou alors avant bien longtemps. J'ai bien d'autres contrées à découvrir.








































