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A la découverte de la Suède

29 juin 2026 par
Séphora PInabel

J'ai roulé 21.000 kms en un an, soit 4.000 kms de moins que lorsque je travaillais à plein temps. J'avance parfois si lentement que je ne fais pas 200 kms dans la semaine. Je prends mon temps, je profite de chaque instant, chaque lieu.


J'ai subi une tempête de vent pendant plus de 24 h. Il était hors de question de rouler avec les rafales qui soulevaient le véhicule sur ses suspensions. Résultat : le lanterneau avant a été décapité, le capot complètement déchiqueté, le lit prend l'eau. Je reprends la route direction Alta, j'envoie des messages aux ateliers de camping-car pour faire la réparation. Ils sont tous complets jusqu'en août. Un seul me fait espérer, mais, en fait, il propose juste une réparation d'urgence. Je reste sur place quelques jours le temps de savoir quelle direction prendre pour avoir un nouveau lanterneau. En attendant je fais les randonnées sur place, qui sont nombreuses. Je suis dans un secteur montagneux et boisé comme j'aime. Il ne fait pas très beau, plusieurs fois dans la journée s'abattent des trombes d'eau. Par chance, j'ai pu emprunter une échelle et faire une réparation avec un sac de croquettes et un sac de course que j'ai siliconé. Je savais qu'un jour j'aurais besoin de cette cartouche. Je randonne vers le canyon d'Alta. Il fait beau et les températures remontent. Des couples de Bruants lapons m'accompagnent de leur chant. Pas de difficulté particulière sur ce sentier mises à part la longueur et la traversée de plusieurs rivières. A 1,3 km du canyons, pas de chance, le niveau de l'eau est trop élevé, je ne me risque pas à traverser. Non seulement, je serais encore trempée, mais avec les pierres glissantes c'est la chute assurée. Tant pis pour le canyon, en restant au même endroit une nuit supplémentaire, une autre randonnée me tend les bras avec de superbes cascades.


La route me mène au Parc Pallas, ce fameux parc où l'air est le plus pur du monde. Je vais m'en délecter plusieurs jours. Je suis rassurée, j'ai rendez-vous pour changer le lanterneau à Oulu, capitale européenne de la culture 2026,une ville où je souhaitais passer. J'arrive trop tôt pour les différents festivals, une autre attraction m'attend. J'avais un peu le moral dans les chaussettes quand même. Je fais près de 1.000 kms pour trouver un réparateur. Même si c'est sur ma route, je tronque une bonne partie de mon itinéraire pour y arriver rapidement. Ainsi va la vie et ses aléas. Il m'en faut plus pour me gâcher l'attrait de chacune de mes journées. 


Je prends mon premier bain dans un lac près d'Oulu. Les moustiques sont rares ici, j'en profite pour me dénuder quelque peu. L'eau est tiède, pas assez pour nager longtemps mais c'est tout de même bienfaisant. Le lanterneau est changé en moins d'une heure et demie. Ils sont rudement efficaces. Les affaires vont pouvoir finir de sécher et j'en suis bonne pour faire tourner plusieurs lave-linge. Je reprends la route du nord à la rencontre des plus hautes montagnes scandinaves. Je vais rajouter des kilomètres au compteur. Qu'importe je suis là pour découvrir ces pays. Je me pose deux nuits au bord d'un autre lac, j'ai roulé énormément les jours précédents.



J'arrive à Kemi. Je vais faire une après-midi danse et une soirée karaoké.

Voilà le programme :

13h00 Ouverture des portes

13h05 Spectacle de bachata

13h10-13h40 Atelier 1 : Riina Varonen et bachata

13h45 Spectacle de groupe Dance Fun

13h50-14h20 Atelier 2 : Helvi Seppälä et afro

14h25 Spectacle de Sambic

14h30-15h00 Atelier 3 : Tanja Alasuutari, Elina Juusoja et Sambic

15h05 Spectacle de danse contemporaine

15h10-15h40 Atelier 4 : Jenna Pihkapuro et danse contemporaine

15h45 Danse collective « La journée la plus Wuthering Heights (Kate Busch) de tous les temps »

J'ai passé un bel après-midi à participer à cet événement. Pas de challenge, juste le plaisir d'apprendre quelques pas de danse. J'ai terminé la journée au karaoké. Pas grand monde dans la salle, mais une bonne ambiance. Je vais encore profiter quelques jours du soleil de minuit.


Je passe ce soir la frontière de la Suède pour dormir sur l'archipel Haparanda. Je passe quelques minutes dans la mer Baltique, qui se révèle bien trop froide pour nager. J'ai presque plaisir à faire le plein de carburant, 1,43 € le litre de diesel.


Je reprends la route pour passer mon dimanche dans les bois et profiter de l'eau tiède de la rivière Kalix. Je nage pour la première fois de l'année, quel bonheur, je m'offre une séance de bronzage intégral à la suite. Une fois n'est pas coutume. Je mange les premières myrtilles, quel régal.


Je vais remonter au Nord de la Suède, pour découvrir les montagnes frontalières avec la Norvège. Je ne vois pas grand monde sur les routes, ce qui me va parfaitement. J'alterne les routes et les pistes, toutes en excellent état ou en travaux. Une nuit et une journée pluvieuse dans la forêt Turpas n'entame pas ma belle humeur et mon envie d'aller toujours plus loin. 


Il pleut vraiment beaucoup. Je marche sous la pluie mais c'est lassant à la fin. J'ai toujours les pieds mouillés dans les chaussures. Ils n'en souffrent pas, ils ont l'habitude maintenant. J'enchaîne les kilomètres pour arriver à Kiruna, une grande cité minière. Je fais juste mes courses avant de continuer vers le parc Abisko. Je suis au pied du massif montagneux et je remonte la rivière qui commence par un joli canyon. Je vois des traces d'élans partout autour de moi mais nulle trace du quadrupède.


Je reprends la route de Kiruna et bifurque vers Kebnekaise. J'atteins le point le plus extrême de la Suède pour mon voyage. A partir de maintenant, le compte à rebours pour mon retour en France commence. J'arrive avec un temps idéal, la météo annonce grand beau temps avec 25 degrés. Ce lieu est incontournable pour moi. Si je veux faire La randonnée au pied des montagnes suédoises c'est ici que cela se passe. Je suis sur le premier tronçon de la Voie Royale qui s'étend sur 440 kms au pied des différents massifs. Je n'en fais qu'une petite partie car je ne suis pas équipée pour bivouaquer et mon dos ne supporterai pas le poids du sac à dos. Qu'importe la destination, chaque pas me porte toujours vers de nouvelles découvertes. Je longe une rivière au milieu des bois. Ici les strates botaniques se discernent en quelques dizaines de mètres d'altitude. Bientôt je marche dans les fjelds et la rocaille apparaît dans la foulée. Je suis entourée de glaciers à 2.000 m d'altitude et d'ailleurs j'arrive au lac glaciaire. Les photos n'arrivent pas à rendre cette couleur bleue laiteuse bien spécifique. Je reste bouche bée devant la beauté du panorama. Un bateau arrive à l'embarcadère, il permet aux randonneurs d'éviter 15 kms de marche. Une autre solution consiste à prendre l'hélicoptère pour arriver directement à la station de ski de Kebnekaise. Je n'ai pas eu la curiosité de regarder les tarifs, ce tourisme n'est pas fait pour moi. C'est la première randonnée où je rencontre autant de monde: groupes, familles et solos de tous âges. Ils me permettent de pratiquer l'anglais, ils sont tous chaleureux. En Finlande, j'avais ressenti ce bonheur de vivre spécifique aux personnes plongés régulièrement dans les milieux naturels. Les Suédois irradient de ce sentiment. Quel plaisir d'être entourée de gens charmants, souriants, respectueux de la nature. Aucun fumeur dans les parcs Scandinaves que j'ai arpenté. Cerise sur le gâteau, hommes et femmes sont vraiment beaux. La splendeur des décors atteint son apothéose. Si je devais mettre fin à mes voyages, j'aurai vu l'extrême beauté naturelle dans ce secteur. Un fabuleux cadeau me tend les bras en longeant un petit lac. Sans cesse, je scrute mon environnement pour trouver les trésors cachés ; mon rêve se réalise, voir un élan dans l'eau. Il est là, à croire qu'il m'attend. Il broute tranquillement les herbes aquatiques qu'il attrape en plongeant la tête dans l'eau, parfois pendant de longues secondes. Il me regarde de ses grands yeux sombres, je ne le dérange pas plus que ça. Nous restons face à face à environ 100 mètres l'un de l'autre. Pendant qu'il mange des herbes, les moustiques me dégustent. Ils ne vont pas m'empêcher de m'appliquer avec mon appareil photos, la luminosité n'est pas fabuleuse et les contrastes me perturbent. Heureusement que ce grand cervidé me laisse du temps. Après un dernier clin d'œil, il sort de l'eau tranquillement pour rejoindre les fourrés. Je reste sidérée par ce moment plein d'innocence et de sérénité. Les larmes jaillissent comme souvent quand je m'émerveille de ce que peut offrir la nature. Je suis bouleversée d'avoir la chance de connaître ces rencontres avec la faune sauvage. Je suis gâtée, j'en aurai vu des mammifères et des oiseaux depuis ce début d'année. Des séquences émotions portées par l'intégralité des présents dont je bénéficie quotidiennement. J'ai le cœur gonflé de joie, je me pose peu après pour déjeuner et il me faut bien ce moment pour sortir de cette douce torpeur. J'ai déjà marché 15 km, il me faut rebrousser chemin pour rentrer. 

Aucune journée ne ressemble à une autre en Scandinavie, j'alterne entre des journées de pluies diluviennes avec des températures atteignant difficilement 10 degrés et d'autres où je me baigne. Avec ces journées de 24 h que je connais depuis plus de deux mois, mon organisme est mis à rude épreuve. Mes nuits sont ponctuées régulièrement d'insomnies, chose rarissime chez moi. La sinusite que j'ai attrapée fin juin, le lanterneau qui se casse dans la foulée, aucune mission professionnelle en juillet. Cet ensemble de choses me stresse et me fatigue, je fais une grosse bêtise. En me rendant à la station service, j'hésite longuement devant la pompe. Ce n'est pourtant pas la première fois que je fais le plein de mon véhicule à l'étranger. Je vois gazoline et gazoline plus, pour moi cela sonne comme diesel et diesel plus. Je commence à faire le plein, au bout de 15 l je stoppe tout en comprenant que je fais une erreur. Gazoline signifie essence et non diésel. Le garagiste attenant à la station est adorable. Avec son employé, ils poussent mon véhicule jusqu'à une place de stationnement. Je sais bien qu'il ne faut pas que je démarre mon moteur sous peine de l'endommager. Ce garagiste m'informe qu'il ne peut me dépanner que le lendemain dans l'après-midi. Dans mon anglais moyen, je tente de lui expliquer que j'aimerais que ce soit plus rapide. Il téléphone à des collègues, mon véhicule est pris en charge quelques heures plus tard et je peux reprendre la route. Je vide mon portefeuille avant de repartir.

Cet enchaînement de mésaventures me fait réfléchir sur la suite de mon itinéraire. Je comptais repartir à l'ouest pour faire un parc frontalier de la Norvège, continuer vers les iles Lofoten, pour repartir vers Stockholm. Je décide de faire au plus court. Mon épargne va apprécier la réduction des frais. J'ai également une bonne raison de vouloir rentrer au plus vite. Un cavalier m'attend pour participer au Festival de Tango de Tarbes à la mi-août.

Je rejoins le parc Dundred. Je suis au milieu des montagnes, il fait gris et frais. J'enchaîne des petites montagnes avec des montées bien pentues et des descentes très raides, le sentier est quasi inexistant. C'est une sortie avec la découverte de nouveaux oiseaux : le Vanneau doré, la Grive draine et le Tyranneau souris. Je connaissais les bars à toutou mais pas les parkings à toutou, ils pensent vraiment à tout en Scandinavie.


Je continue par le parc Reivo, les paysages sont vraiment magnifiques. Pour moi, ce sont les plus beaux, avec ces belles forêts mélangées de conifères et de feuillus, parsemées de clairières, de lacs et de torrents impétueux, les cascades. Qu'il fait bon vivre ici. Je peux enfin nager comme je le souhaite. Je crawle une bonne heure dans ce lac, il est là spécialement pour moi, aucun pêcheur, aucun nageur, aucune embarcation, le calme absolu. Je retrouve rapidement ma fluidité et me régale de me retrouver dans mon élément. Je bronze un peu mais les moustiques ne tardent pas à me dévorer.


Pendant 4 jours je me retrouve au milieu du territoire des ours et des loups. J'ai déniché des spots au sein des forêts, loin de tout bruit et de toute habitation. Je commence par Gastrikland. J'arpente les pistes, je cherche, je suis à l'écoute du moindre bruit. J'entends les oiseaux et je vois des écureuils, c'est tout pour l'instant.


Je continue ma route vers Halsingland. Que de kilomètres à pied j'aurai fait pour apercevoir la faune sauvage. Les traces ont beau être nombreuses, aucun animal ne passe dans mon champ de vision. Aujourd'hui il fait beau mais le vent est trop frais pour que je puisse nager dans ce superbe lac et faire de la bronzette sur le ponton.


Me voici à Vastmanland, je suis dans une impasse d'une voie forestière. Il pleut une partie de la nuit et presque toute la journée le lendemain. J'en profite pour me reposer. Je manque trop de sommeil. Je m'enfonce dans les bois de bon matin pour découvrir ce territoire. Je fais la randonnée gymkhana. La forêt a certainement souffert de multiples tempêtes, les arbres enchevêtrés sont multiples. Je ne randonne pas, j'escalade, je fais de l'équilibre sur les troncs couchés, je me faufile sous les branches entortillées. Consolation ultime de la nature, je déguste framboises, fraises des bois et myrtilles et je découvre les premières canneberges. J'arrive sur les berges d'un lac splendide. Que j'aimerais voir des ours s'ébattrent ici. Seuls des rougequeues noirs m'accompagnent. Le sentier est parsemé d'orchidées tachetées, l'air embaume de leur parfum. De grands parterres d'ail des ours m'entourent, ils ne sont pas encore en fleur. J'ai beau être dans un lieu paisible au possible, pas de grand mammifères dans le secteur.


Stockholm, capitale de la Suède, ville aux 14 îles. Un mélange unique de beauté naturelle et de sophistication architecturale. Quoi de mieux que de la découvrir à vélo. Je déniche un parking gratuit à l'ombre à moins de 7 kms du centre ville. La cité dans son intégralité est parcourue par des pistes cyclables. La riche histoire de la ville se découvre dans ses nombreux bâtiments, trésor d'ingéniosité tout en courbes et revêtus de couleurs diverses. La vieille ville avec ses rue pavées lui confère un charme inouï. Je pédale ferme jusqu'au jardin Rosendals. Le pouls de la ville ralentit dans ce lieu sacré. L'odeur enivrante des fleurs m'aspire. C'est une ferme biodynamique vivante avec ses serres massives et ses roseraies d'un autre temps. Quatre heures de découverte et 37 kms de vélo plus tard me permettent d'avoir une vue d'ensemble de cette belle agglomération.


Nederlösabadet et autres spots jusqu'au départ du ferry à Telleborg. C'est déjà triste quand on sait qu'un voyage prend fin, le vivre sous la pluie avec des températures avoisinants les 15 degrés seulement et un vent constant, c'est vraiment consternant, tant j'ai l'impression de gâcher mes derniers moments en Scandinavie. J'avale les kilomètres, la Suède continue à dérouler des paysages splendides. Je dors près de lacs qui me tendent les bras, même avec ma combinaison de nage, aller y crawler ne m'apporterai au mieux des courbatures de crispation, au pire une maladie.


J'en ai gros sur le cœur de quitter ces contrées. Ce voyage entrepris au cœur de l'hiver m'a radicalement transformé. A croire que je suis entendue, le ferry prend une heure de retard.

Partir en voyage, c'était m'assigner une évolution personnelle. Un besoin de me remettre en question, de faire le tri dans mes valeurs, mes aspirations, pour aller encore plus loin dans ma quête de sérénité, de bonheur et d'intégrité. Je savais exactement ce que je ne voulais plus vivre, mais comment construire mon avenir c'était très flou. Il m'aura fallu ces mois de vadrouilles, ces aventures, résolument seule face à toutes ces péripéties pour que j'y vois plus clair. Il n'était pas prévu que mon partenaire m'abandonne en fin d'hiver. Il m'a rendu service, mon cheminement en a été facilité.


Je peux maintenant décrire cette femme libre que je suis, qui s'assume mais qui veut une âme sœur pour partager les prochaines années. Je crois en l'amour, je crois aux chemins qui se croisent pour écrire une nouvelle relation à deux. Je me suis observée et j'ai cherché ce qui se cachait derrière mes certitudes. La solitude a cela de bon, je ne pouvais récriminer personne contre un quelconque abandon, un désintérêt. Je devais m'occuper de moi continuellement. Faire grandir cette femme positive qui ne cherche qu'à s'épanouir, à garder le sourire, à trouver les solutions. Évidemment le moral est parfois en berne, je porte sur mes épaules, je suis responsable de la moindre des décisions. Le bilan est fabuleux, je reviens heureuse, fière de moi, je me suis reprise en main et je ne demande qu'à faire ressurgir ma féminité.


Prochaine article en construction : Nouvelle rencontre.



Séphora PInabel 29 juin 2026
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